Cimetière de La Paz

Des combattants de guerre, des hommes politiques et d’illustres artistes boliviens reposent au cimetière général de La Paz, qui est aussi une vitrine d’expressions artistiques et funéraires. Un musée à ciel ouvert en Bolivie.

Histoire

Le maréchal Antonio José de Sucre, auquel Simon Bolivar confia la présidence de la nation après l’indépendance de la Bolivie en 1825, ordonna par décret suprême la création du Cementerio General de La Paz le 25 janvier 1826. L’ordonnance du 24 janvier 1831, signée par maréchal André de Santa Cruz, inaugura officiellement la nouvelle nécropole. Avant cela, les reliques des indigènes et des métis étaient enterrées dans les atriums des églises. Les Espagnols et les créoles notables quant à eux reçurent le privilège de reposer à l’intérieur des temples. Au cours du XXe siècle, avec le développement de la ville et la population croissante, le cimetière fut transféré près du centre historique de la Paz, dans une zone commerciale fortement active. S’ensuivit l’approbation du règlement général des cimetières le 9 février 1940, selon lequel les tombes sont attribuées pour une durée déterminée.

Les tombes du cimetière général de La Paz sont mises à la disposition des familles pour 10 ans. Au terme de cette période, les dépouilles doivent être incinérées ou déplacées dans des enceintes plus petites. Il est possible d’acquérir une tombe à perpétuité, mais le prix équivaut à 10 fois le salaire moyen mensuel des Boliviens, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Les défunts enterrés sans documents, si personne ne règle les frais, sont transférés d’un endroit à un autre pour au final ne plus être retrouvés.

Découverte du cimetière général de La Paz

Le Cementerio General de La Paz se situe entre le centre historique et le quartier d’El Alto. Il occupe une superficie d’un peu moins de 4 km² (3,8 km² pour être précis), soit l’équivalent de 15 pâtés de maisons. On y arrive en empruntant l’Avenida Baptista. Passée la grande arche à l’entrée, on découvre l’église principale avec le crématorium au centre.

Un petit monde funéraire

La vaste nécropole de La Paz est devenue éclectique avec le temps. Les mausolées ancrés dans la roche, appartenant aux familles influentes du passé, côtoient les monuments funéraires néoclassiques et néo-gothiques. L’empreinte italienne est présente avec les nombreuses effigies du Christ, les représentations des Saintes Vierges et des anges gardiens, les croix, etc. Les tombeaux, de manière générale, ne sont pas creusés dans la terre, mais empilés les uns sur les autres, formant ainsi une série de bâtiments. Dans les petits sanctuaires en verre dissimulant les sépultures, il est de coutume de déposer des fleurs, des photographies et des objets chers à la personne décédée afin que son âme dispose du nécessaire lors de sa transition l’autre monde. Les décors sont également soignés – certains sont même identifiés de véritables œuvres d’art et constituent la base des visites guidées au sein du cimetière. Et dans ce bel amalgame de styles qui s’est dessiné au fil des décennies, le street-art bolivien a lui aussi trouvé sa place.

Lieu de deuil, mais aussi de célébration

Dans le Cementerio General de La Paz qui est certes un lieu de deuil, l’ambiance est plutôt à la célébration qu’au chagrin. Les familles ne viennent pas pour « pleurer » les morts, mais pour fêter leur passage dans l’au-delà. Dans la joie et la convivialité, des pique-niques sont improvisés devant les tombes, avec au menu les repas préférés des défunts. On danse, chante et trinque en leur honneur. Des musiciens se dédient pour jouer des airs de guitare à la mémoire d’un être absent ou en soutien aux personnes tristes, pendant que des démunis réalisent des prières pour quelques pièces. L’animation est à son comble lors des festivités du « Día de los Muertos », le 2 novembre.

Havre de repos des héros de la nation

Plusieurs personnages illustres de l’histoire de La Paz et de la Bolivie reposent au sein du cimetière. Le mausolée militaire abrite les reliques des combattants de la Guerre du Pacifique en 1879 contre le Chili. Il est surplombé d’un soldat de marbre au pied duquel on retrouve l’inscription « Reivindicad el Litoral » (Revendiquez la côte). Le mausolée des héros de la guerre d’Acre contre le Brésil entre 1899 et 1903, bâti en granit, expose quant à lui une statue en or du Christ. La nécropole abrite également les reliques du prêtre jésuite espagnol Luis Espinal, avec les mots « martyr de la démocratie » gravés sur sa tombe en référence à son assassinat en 1981, et de l’homme politique et journaliste Carlos Palenque.

Des personnalités notables ont disposé de tombes individuelles, avec leur sépulture sous terre. On a, entre autres le narrateur et poète bolivien Jaime Sáenz Guzmán (1921-1986), l’écrivain Oscar Gonzalez Alfaro (1921-1963) qui s’est dévoué à la littérature jeunesse, le musicien et présentateur de télévision Carlos Palenque Aviles ou El Compadre (1944-1997), le poète intellectuel Solares Franz Tamayo (1879-1956) reconnu comme une figure centrale de la littérature bolivienne du XXe siècle et le musicien compositeur Gilberto Rojas Enríquez (1916-1983) à qui le département de Santa Cruz doit son deuxième hymne intitulé : « Viva Santa Cruz ».

Infos pratiques

Comment s’y rendre ?

Si vous recherchez la facilité, il suffit de prendre un taxi depuis votre hôtel à La Paz pour rejoindre le Cementerio General de La Paz. Mais pourquoi ne pas prendre le téléphérique (ligne rouge) pour profiter d’une vue plongeante sur la ville durant le trajet ? Vous descendez au Estación Teleferico Cementerio qui se situe juste face à l’entrée arrière du cimetière.

Devant la nécropole, vous trouverez un arrêt de bus pour rejoindre Tiwanaku ou Copacabana dans la région du lac Titicaca.

Ouverture

Le cimetière général de La Paz est ouvert tous les jours de 8 h 30 à 17 h.

3 photos