Mosquée Bibi Khanum

Édifiée il y a plus de 600 ans par l’un des plus grands conquérants de l’Asie centrale, la mosquée Bibi-Khanym est un monument emblématique, aux dimensions hors-normes qui témoigne de l’ambition sans bornes de son créateur. D’une beauté à couper le souffle, et à l’histoire tumultueuse, cet édifice est un site à ne pas manquer lors de votre passage dans la ville de Samarkand.

Un peu d’histoire

En 1399, après avoir vaincu le sultanat de Delhi et amassé d’énormes richesses, Timour le Grand, plus connu sous l’appellation de Tamerlan, ambitionnait de bâtir la plus grande mosquée du monde musulman jamais construite. La réalisation de ce projet insensé avait nécessité plus de 500 ouvriers, 200 architectes et maçons, ainsi que 95 éléphants apportés d’Inde. Pour cette mosquée, le grand conquérant n’avait que deux exigences : qu’elle soit la plus belle de toutes les mosquées et que sa construction soit faite le plus rapidement possible. Toutefois, vu l’ampleur de l’édifice, ces exigences, surtout la seconde, étaient tout simplement irréalisables. Mais pour un architecte, comment expliquer à un homme de la trempe de Tamerlan qu’en matière de construction, qualité et vitesse font rarement bon ménage ? Alors, pour ne pas offusquer le souverain, les artisans ont tout fait pour respecter les délais (5 ans), au détriment de la solidité de l’édifice. Comme prévus, les travaux ont été achevés en 1404, et Samarkand abritait la plus belle et la plus grande mosquée de l’Asie Centrale. Sa beauté était telle que les poètes, les écrivains et les artistes se sont succédés pour faire sa louange. Cherefeddin Ali Yazdi, l’historien de la cour l’a décrite en ces termes : «sa coupole serait unique si le ciel n'était pas sa réplique, il en serait de même pour son arc si la Voie lactée n'était pas son fidèle reflet ». De plus, sa taille imposante (167 m de long sur 109 m de large) permettait d’accueillir plus de 10 000 personnes. Toutefois, à peine quelques jours après son inauguration, des briques ont commencé à tomber depuis sa coupole. Pour certains, c’était un signe que Dieu refusait le présent de Timour, car elle a été construite sur la mort d’innombrable personnes. Pour rappel, la prise de Delhi qui a permis à Tarmelan de bâtir cette mosquée avait coûté la vie à plus de 100 000 personnes. Et jour après jour, des éléments du bâtiment s’effondrent jusqu’en 1897 où un énorme tremblement de terre a rasé l’ensemble de l’édifice. Ce n’est qu’en 1968 que les premières reconstructions ont débutés. Mais il aura fallu attendre la saison touristique de 2003 pour que les habitants de Samarkand puissent admirer l’aspect extérieur de la mosquée entièrement restituée avec sa splendide coupole turquoise reconnaissable entre mille, culminant à 40 m de hauteur.

La légende de l’impératrice et de l’architecte

Une autre version de l’histoire de la mosquée raconte que pour surprendre Tamerlan à son retour de compagne militaire, sa femme Bibi-Khanym décida de construire la plus grande mosquée de toute l’Asie Centrale. Toutefois, l’un des architectes responsables de la construction était tombé sous le charme de l’impératrice. Ce dernier commença alors à retarder les travaux pour passer plus de temps avec elle. Inquiète que les travaux ne soient pas achevés avant le retour de son époux, la souveraine demanda à l’architecte d’accélérer le rythme. Il était d’accord en échange d’un baiser de la part de l’impératrice. Pressée par le temps, elle concéda à la requête de l’architecte. Toutefois, le baiser était tellement fougueux qu’il laissa une marque sur le visage de Khanym. Au retour de Tamerlan, comme la marque demeurait, Khanym avoua à son époux qu’il s’agissait d’un baiser de l’architecte. Pour la suite, il existe deux versions. La première, et la plus probable est que Tamerlan tua l’architecte et précipita sa femme du haut de l’un des minarets de la mosquée. La seconde est que l’architecte a réussi à monter en haut du minaret, pris son envol, et disparut à jamais. Depuis ce jour, le port du voile est obligatoire à Samarkand. On raconte que le souverain ne voulait plus que les femmes puissent séduire les hommes.

La mosquée Bibi-Khanym aujourd’hui

Plus de 40 années de travaux ont été nécessaires pour redonner à la mosquée ses formes originelles. Les architectes ont dû faire appel à des techniques modernes pour la reconstruction afin que la structure puisse résister aux nombreux tremblements de terre de la région. Aujourd’hui, elle se dresse fièrement en plein centre de Samarkand dans toute sa splendeur d’antan. Ses décors en céramiques surmontés de coupoles à la géométrie parfaite sont facilement reconnaissables au loin. L’entrée du bâtiment se fait par un portail monumental « le pishtak ». Au centre de la cour, se trouve un lutrin (un pupitre) en marbre, destiné à accueillir le Coran d’Osman (le plus ancien Coran du monde possédant des pages hautes de 180 cm). Cette porte-livre fait l’objet d’un pèlerinage, car une croyance populaire affirme que les femmes stériles souhaitant procréer doivent ramper sous le lutrin à jeun le matin.

Tarifs et horaires

La mosquée est ouverte tous les jours de 9 h à 19 h (17h en hiver). Entrée : 22 000 soums.