Avant Rome, il y avait Cirta.
Capitale de la Numidie, Cirta dominait déjà les gorges vertigineuses du Rhumel des siècles avant que les légions de Trajan ne viennent y graver leur marque dans la pierre. C'est ici, dans le nord-est algérien, que l'Empire romain a inscrit quelques-unes de ses plus belles pages africaines : des cités entières surgies du néant, des théâtres perchés dans la montagne, des thermes alimentés par des sources bouillantes, un quadrillage de rues intactes depuis deux mil...
🚐 Arrivée aéroport Mohamed Boudiaf · ⏱ Transfert ~20 min
Constantine vous accueille comme elle a accueilli tous ceux qui l'ont un jour découverte : par le vertige. Perchée sur un bloc de calcaire à 640 mètres d'altitude, ceinte de gorges qui plongent de plusieurs centaines de mètres, la "Ville des Ponts" est l'une des cités les plus spectaculaires du monde méditerranéen. Elle le sait. Elle l'a toujours su.
À l'arrivée, installation à l'hôtel puis première promenade d'orientation sur le Rocher. Les ponts suspendus surgissent dans la lumière de fin d'après-midi, les gorges du Rhumel s'enfoncent dans l'ombre. Depuis l'ancien Monument aux Morts, la vue embrasse les vallées lointaines et les contreforts de la chaîne numidique. Dîner dans un restaurant traditionnel du centre, avec, si la soirée le permet, une première découverte du Malouf — cette musique arabo-andalouse mélancolique et envoûtante qui est l'âme de Constantine.
🚐 Constantine (journée urbaine)
Journée entière consacrée à l'exploration de l'ancienne Cirta, capitale de la Numidie avant de devenir, sous Constantin Ier, l'une des grandes métropoles romaines d'Afrique. La matinée commence au musée de Cirta, dont les collections rassemblent peintures orientalistes du XIXe siècle, inscriptions numides, stèles romaines et objets du quotidien retrouvés dans les fouilles de la région.
L'après-midi appartient à La Souka — le quartier ancien — et à ses dédales de ruelles. Le palais du Bey s'impose avec ses mosaïques et ses cours à arcades. La mosquée Emir Abdelkader, vaste et lumineuse, témoigne de la continuité d'une ville qui n'a jamais cessé d'être habitée. En fin de journée, temps libre pour les souks d'artisanat : céramiques aux motifs géométriques berbères, bijoux en argent ciselé, épices et, pour les gourmands, la Djouzia — ce nougat aux noix qui est l'emblème sucré de Constantine.
Petit déjeuner: Hôtel au centre de Constantine
Déjeuner: Restaurant local
Dîner: Restaurant local
Hébergement: Hôtel au centre de Constantine
La matinée se lève sur Tiddis, à flanc de montagne, à trente kilomètres de Constantine. Peu connue, peu fréquentée, cette ancienne citadelle romaine perchée à l'entrée des gorges de Khreneg était l'avant-poste chargé de protéger Cirta des incursions du nord. Sa position est saisissante : des terrasses naturelles étagées sur la roche ocre, des citernes creusées à même la pierre, des inscriptions libyques encore lisibles sur certains blocs. Ici, la présence romaine se superpose à des strates numides et berbères bien plus anciennes.
En fin de matinée, on descend vers la côte. Skikda — l'antique Rusicade romaine — s'ouvre sur le golfe de Numidia avec ses eaux d'un bleu profond et ses falaises boisées. L'après-midi est une pause méritée : déjeuner de poissons grillés face à la mer, puis détente sur les plages de Stora. La Méditerranée ici n'est pas un décor — c'est une respiration, un contrepoint de lumière et de sel après deux jours de canyon et de pierre.
Petit déjeuner: Hôtel au centre de Constantine
Déjeuner: Restaurant
Dîner: Restaurant
Hébergement: Hôtel à Skikda
Depuis Skikda, la route longe la côte vers l'est jusqu'à Annaba — l'ancienne Hippo Regius, l'une des grandes cités de l'Afrique romaine. C'est ici que saint Augustin, évêque de 396 à sa mort en 430, rédigea La Cité de Dieu et les Confessions, deux textes qui allaient façonner la pensée chrétienne occidentale pour des siècles.
Le matin est consacré au site d'Hippone : basilique de la Paix, baptistère, théâtre, forum, thermes et musée archéologique. L'ensemble est moins spectaculaire que Timgad ou Djemila, mais chargé d'une profondeur particulière — ici, les pierres ont une âme. Déjeuner de poissons sur le front de mer.
L'après-midi, montée à Séraïdi, village perché dans les hauteurs boisées du massif de l'Edough, avec le complexe conçu par l'architecte Fernand Pouillon et une vue panoramique sur la baie d'Annaba et la Méditerranée.
Petit déjeuner: Hôtel à Skikda
Déjeuner: Restaurant local
Dîner: Restaurant
Hébergement: Hôtel à Annaba
Guelma, l'antique Calama, s'impose d'emblée avec son théâtre romain du IIIe siècle — l'un des mieux conservés d'Algérie, financé selon les inscriptions par la prêtresse Annia Aelia Restituta qui y dépensa 400 000 sesterces pour le plaisir de ses concitoyens. Le musée adjacent abrite de belles collections de monnaies, bronzes et statues exhumées dans les fouilles de la région.
La surprise de la journée est à quelques kilomètres : Hammam Meskhoutine et ses sources jaillissant à 90°C — les Romains, qui y venaient déjà pour leurs vertus thérapeutiques, les nommaient Aqua Tibatanae. Le décor est étrange et envoûtant : le calcaire, sculpté par des siècles d'accumulation minérale, a produit des formes fantasques que la vapeur d'eau rend presque irréelles. Arrêt-découverte avant de reprendre la route vers Sétif, base de l'étape Djemila.
Petit déjeuner: Hôtel à Annaba
Déjeuner: Restaurant
Dîner: Restaurant
Hébergement: Hôtel à Sétif
À 900 mètres d'altitude, dans le repli secret de montagnes que les Romains jugèrent dignes d'une ville, Djemila — l'antique Cuicul — est peut-être la plus belle surprise du circuit. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982, elle déploie sur 42 hectares un urbanisme romain remarquablement adapté à la topographie montagnarde : des rues qui épousent les courbes de niveau, des places qui se dilatent sur des panoramas à couper le souffle.
La visite se déroule avec le temps qu'il mérite : l'arc de Caracalla qui marque l'entrée nord, le vieux forum et le nouveau, les grands thermes, la basilique chrétienne, le baptistère du IVe siècle avec sa cuve encore debout. Le musée, enfin, dont les murs sont entièrement couverts de mosaïques d'une finesse et d'une variété exceptionnelles. Déjeuner sur site avant de reprendre la route vers Batna.
Petit déjeuner: Hôtel à Sétif
Déjeuner: Restaurant
Dîner: Restaurant
Hébergement: Hôtel à Batna
La journée commence sur la plaine des Aurès par une vision qui surgit de nulle part : le mausolée de Medghassen, tombeau cylindrique numide du IIIe siècle avant J.-C., le plus ancien monument royal conservé d'Afrique du Nord. Soixante colonnes doriques encerclent ce tumulus muet que les historiens arabes médiévaux attribuent à un roi nommé Madghis. Il est là depuis vingt-trois siècles, imperceptiblement, face aux premières crêtes de l'Aurès.
Puis Timgad. Fondée en l'an 100 par l'empereur Trajan pour ses vétérans légionnaires, la colonie de Thamugadi fut ensevelie sous le sable pendant des siècles avant d'être redécouverte en 1765 par l'explorateur britannique James Bruce. Son plan en damier — deux axes principaux, un forum central, des thermes, une bibliothèque publique, un théâtre taillé dans la colline — est d'une lisibilité stupéfiante. On s'y promène comme dans une ville vivante dont les habitants auraient disparu la veille. Dans une boutique du forum, une inscription résume l'art de vivre romain : "Chasser, se baigner, jouer, rire — c'est vivre."
En fin d'après-midi, courte excursion à Lambèse / Tazoult, l'ancien camp de la IIIe légion Auguste qui défendait la frontière méridionale de l'empire. Dîner au retour à Timgad.
Petit déjeuner: Hôtel à Batna
Déjeuner: Restaurant
Dîner: Restaurant
Hébergement: Hôtel à Timgad
Lever avant l'ouverture du site. Les ruines de Timgad à l'aube, dans le silence et la lumière rasante, sont un spectacle que l'on n'oublie pas. Dernier regard sur l'arc de Trajan avant que les premiers cars n'arrivent. Route vers Constantine en matinée.
Quelques heures libres dans la ville des Ponts : un dernier café maure sur le Rocher, les derniers souvenirs à rapporter, une flânerie dans la médina. Déjeuner avant le transfert vers l'aéroport Mohamed Boudiaf.
Constantine reste. Comme elle a toujours résisté — à l'oubli, à l'érosion, au temps.