Gravir jusqu'au camp de base de l'Everest fait partie de ces expériences qui marquent une vie. Mais certaines expéditions vont plus loin que le simple défi physique. C'est le cas du trek Everest Base Camp, une aventure unique au Népal qui invite à marcher sur les traces de Pasang Lhamu Sherpa, première femme népalaise à avoir atteint le sommet de l'Everest.
Organisé pour la deuxième année consécutive par la fondation Pasang Lhamu, en partenariat avec l'agence locale Bluesheep Journeys, ce trek solidaire permet de vivre l'expérience mythique de l'Everest tout en soutenant un programme de formation destiné aux femmes népalaises. Accessible à toute personne en bonne condition physique, sans compétences techniques en alpinisme, ce trek de 17 jours se déroulera en mai 2026 au cœur de la région mythique du Khumbu.
Pour mieux comprendre l'histoire derrière cette aventure et ce qu'elle change réellement sur le terrain, nous avons échangé avec Dawa Futi Sherpa, fille de Pasang Lhamu Sherpa et présidente de la fondation qui perpétue aujourd'hui son héritage.
Avant de partir sur les sentiers de l'Himalaya, il faut comprendre ce qui rend le trek Everest Base Camp si particulier. Car derrière cette aventure se cache une histoire forte, celle de Pasang Lhamu Sherpa, et un projet engagé qui prolonge aujourd'hui son héritage bien au-delà des sommets.
![]() |
Originaire de la région du Khumbu, au cœur de l'Himalaya népalais, Pasang Lhamu Sherpa est issue de la communauté sherpa, historiquement liée aux expéditions en haute montagne. Née en 1961, elle grandit dans un environnement où les sommets font partie du quotidien, mais où l'alpinisme reste, à l'époque, un domaine presque exclusivement masculin. Rien ne la prédestinait donc à entrer dans l'histoire. Et pourtant, en 1993, elle accomplit un exploit sans précédent : elle devient la première femme népalaise à atteindre le sommet du mont Everest. Mais pour elle, l'enjeu dépasse largement la performance sportive. À une époque où les femmes sont quasiment absentes des expéditions, son ambition est claire : ouvrir la voie, et prouver que les Népalaises ont, elles aussi, leur place sur les plus hauts sommets du monde. |
Ma mère croyait profondément que les femmes étaient capables de tout si on leur en donnait l'opportunité. Son rêve n'était pas seulement de gravir l'Everest, mais de prouver que les femmes népalaises pouvaient se tenir au sommet du monde, tout comme les hommes.
— Dawa Futi Sherpa, présidente de la Fondation Pasang Lhamu
Son ascension restera pourtant indissociable d'un drame : elle perd la vie lors de la descente. Mais loin d'éteindre son message, cet événement va lui donner une portée encore plus forte. Son histoire a depuis largement dépassé le simple exploit alpin puisqu'elle est devenue un symbole durable de courage, de détermination et d'émancipation.
🎬 Un film pour découvrir son histoire — Le documentaire biographique Pasang : À l'ombre de l'Everest retrace son parcours, son combat et son héritage, et permet de mieux comprendre l'impact de son ascension sur la société népalaise.
L'ascension de Pasang Lhamu Sherpa ne marque pas seulement une première historique. Elle vient bouleverser en profondeur la place des femmes dans l'univers de la montagne au Népal. Avant 1993, les expéditions himalayennes sont presque exclusivement masculines. En atteignant le sommet de l'Everest, elle ouvre une brèche et surtout, elle rend possible ce qui ne l'était pas encore.
Dawa Futi Sherpa le confirme : « Aujourd'hui, nous voyons de nombreuses femmes népalaises fortes, alpinistes et guides, et je pense que son courage a contribué à ouvrir cette voie. »
Mais cette reconnaissance dépasse désormais le monde de l'alpinisme. Au Népal, elle est devenue une véritable héroïne nationale : une statue a été érigée en son honneur à Katmandou, son nom a été donné à une route ainsi qu'à toute une région, le Khumbu Pasang Lhamu, et elle a été décorée à titre posthume de plusieurs distinctions, dont la plus haute décoration civile du pays.
Mais au-delà des symboles, c'est dans les mentalités que son héritage est le plus visible. Car plus de trente ans après son ascension, son parcours continue d'inspirer une nouvelle génération de femmes népalaises à viser plus haut, à prendre leur place et à redéfinir les possibles.
Plutôt que de laisser cette histoire appartenir au passé, Dawa Futi Sherpa a fait un choix : lui donner une continuité concrète. Aujourd'hui présidente de la fondation Pasang Lhamu, elle s'attache à transformer l'héritage de sa mère en actions durables, directement ancrées dans les communautés de montagne.
Parce que la montagne devrait offrir des opportunités aux femmes locales, pas seulement aux visiteurs. En reliant ce trek à un programme de formation et de leadership pour les femmes, chaque participant devient acteur de la création d'opportunités pour celles qui souhaitent travailler professionnellement en montagne.
— Dawa Futi Sherpa
C'est de cette prise de conscience qu'est né le trek Everest Base Camp solidaire. L'idée : proposer une expérience qui ne se limite pas à contempler les sommets, mais qui permette aussi d'agir, concrètement. En effet, chaque participation a un impact direct : les bénéfices du trek sont reversés à un programme de formation destiné aux femmes népalaises souhaitant travailler dans le trekking et l'alpinisme.
Dawa Futi Sherpa précise : « Nous nous concentrons sur des programmes qui créent des opportunités à long terme. Cela inclut des bourses pour les enfants dans les communautés de montagne reculées ainsi que des initiatives qui soutiennent les moyens de subsistance locaux. Notre objectif n'est pas seulement d'honorer son histoire, mais de créer un changement tangible et durable. »
Chaque journée de trek suit un rythme régulier, pensé pour avancer progressivement tout en laissant au corps le temps de s'adapter à l'altitude.
Au lever du jour, l'air est encore frais dans les vallées du Khumbu. La journée débute autour d'un petit-déjeuner pris au lodge, avant de chausser les chaussures de randonnée et de reprendre la route, généralement vers 8h. Très vite, le sentier s'ouvre sur des paysages spectaculaires : vallées encaissées, ponts suspendus, villages perchés et, en toile de fond, les sommets mythiques de l'Himalaya.
Après environ trois heures de marche en matinée, une pause déjeuner est prévue dans un village le long du sentier. Un moment simple, mais précieux, pour reprendre des forces et observer la vie locale au fil des rencontres. L'après-midi, la marche reprend pendant deux à trois heures supplémentaires, jusqu'à rejoindre le lodge du soir.
Comme le note Dawa Futi Sherpa, « les participants arrivent généralement en milieu d'après-midi, ce qui laisse le temps de se reposer, d'explorer le village ou d'assister à de courts briefings avant le dîner. » Ces temps plus calmes font pleinement partie de l'expérience et donnent au trek une dimension profondément humaine.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le trek jusqu'au camp de base de l'Everest ne nécessite pas de compétences techniques en alpinisme. En revanche, il demande une bonne condition physique et une réelle motivation. « Le trek est conçu pour des personnes en bonne condition physique qui aiment la randonnée. Il n'est pas nécessaire d'avoir des compétences techniques en alpinisme, mais il faut être à l'aise pour marcher plusieurs heures par jour », précise Dawa Futi Sherpa.
Concrètement, les participants marchent en moyenne entre 5 et 7 heures par jour, sur des sentiers de montagne accessibles mais parfois exigeants, avec un dénivelé progressif.
L'un des principaux défis reste l'altitude. L'itinéraire mène jusqu'au camp de base de l'Everest à 5 364 mètres, avec un point culminant au Kala Pattar à 5 545 mètres. Pour limiter les risques liés à l'altitude, le trek a été conçu avec plusieurs journées d'acclimatation, notamment dans des villages clés comme Namche Bazaar ou Dingboche.
💡 Rythme volontairement prudent — « Le rythme est volontairement prudent afin que les participants puissent atteindre le camp de base en toute sécurité et dans de bonnes conditions. »
Tout au long du trek, les voyageurs alternent entre deux types d'hébergements, pensés pour allier confort et immersion locale. « Les participants séjournent dans un mélange de lodges Mountain Lodges of Nepal et de maisons de thé traditionnelles. Les lodges MLN offrent un haut niveau de confort et un service constant, tandis que les maisons de thé proposent une expérience locale plus authentique », explique Dawa Futi Sherpa.
Concrètement, les lodges apportent un certain niveau de confort après plusieurs heures de marche (chambres agréables, repas variés, atmosphère chaleureuse…) tandis que les maisons de thé permettent de se rapprocher du quotidien des habitants de la région. Les soirées deviennent une véritable expérience : partager un repas chaud, échanger avec les habitants, écouter des récits de montagne ou simplement profiter du silence des sommets.
Le Trek Everest Base Camp est guidé par Ang Dorje Sherpa, frère de Pasang Lhamu Sherpa, une présence qui donne une dimension profondément humaine et intime à l'expérience.
Le fait que mon oncle, Ang Dorje Sherpa, guide le trek rend l'expérience particulièrement spéciale. Il apporte non seulement son expérience en alpinisme, mais aussi des histoires personnelles sur ma mère et les débuts des expéditions sur l'Everest.
— Dawa Futi SherpaÀ travers ses récits, ce ne sont pas seulement les paysages que les voyageurs découvrent, mais toute une mémoire vivante de l'Himalaya et des premières grandes expéditions. Un accès rare à une histoire familiale et à une culture que peu de voyageurs peuvent approcher de cette manière.
Dawa Futi Sherpa le souligne : « L'équipe de soutien, les guides et les porteurs jouent également un rôle essentiel tout au long du trek. Ils sont la colonne vertébrale des expéditions himalayennes. Leur connaissance du terrain, de la culture et des montagnes est inestimable. »
Marcher dans la région du Khumbu, au cœur de l'Himalaya, ne se résume pas à enchaîner les étapes : c'est aussi plonger dans l'histoire de Pasang Lhamu Sherpa, là même où ses rêves ont pris naissance.
Certains moments marquent particulièrement les esprits. C'est notamment le cas lors de la visite de la galerie qui lui est dédiée à Lukla, la Pasang Lhamu Memorial Gallery. Un lieu fort, souvent chargé d'émotion qui permet « une connexion personnelle et émotionnelle à sa vie et à son parcours, en donnant aux participants l'occasion de comprendre sa détermination, les défis qu'elle a affrontés et l'ascension historique qui a changé la perception des femmes dans l'alpinisme au Népal ».
Mais l'expérience ne se limite pas à un seul lieu. Elle se construit tout au long du trek, au rythme des paysages et de l'altitude. Car ici, chaque sentier, chaque sommet, raconte une part de son histoire. « Le simple fait d'être dans la région du Khumbu créé une connexion forte à son histoire. C'est ce paysage qui a façonné ses rêve et son courage ».
Peu à peu, entourés des montagnes qu’elle aimait, les participants saisissent la force de son parcours. Son histoire cesse alors d’être un récit lointain pour devenir quelque chose de tangible, presque intime. « À ce moment-là, son histoire devient plus qu’un récit historique : elle devient quelque chose de très réel et profondément humain. »
Comme le souligne Dawa Futi Sherpa, « chaque participant devient acteur de la création d'opportunités » puisqu'en participant à ce trek, les voyageurs contribuent directement à financer des programmes de formation qui ouvrent de nouvelles perspectives professionnelles.
Contrairement à de nombreuses initiatives solidaires dont l’impact reste difficile à mesurer, ce trek Everest Base Camp s’inscrit dans une démarche concrète et transparente.
L’édition 2026 permettra de financer la formation de 10 femmes népalaises, sélectionnées pour intégrer un programme de leadership directement lié au trek.
Mais au-delà de ce chiffre, c’est une véritable dynamique qui se met en place. L’objectif : leur donner les moyens de devenir les futures actrices du secteur du trekking et de l’alpinisme au Népal. « Ce programme vise à leur apporter les compétences, la confiance et le mentorat nécessaires pour devenir les futures leaders du secteur », précise Dawa Futi Sherpa.
Une mission qu’elle porte au quotidien à travers la fondation : « en tant que présidente de la Fondation Pasang Lhamu, mon rôle est de faire en sorte que son héritage se poursuive à travers des actions concrètes : soutenir l’éducation, autonomiser les femmes en montagne et créer des opportunités pour celles qui n’existaient pas de son vivant. »
Participer à ce trek, c’est donc bien plus que vivre une aventure personnelle : c’est contribuer directement à ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes en montagne.
🌿 Zoom sur la Pasang Lhamu Foundation
Inspirée par les accomplissements historiques de Pasang Lhamu Sherpa, la fondation concentre ses actions sur :
Loin des approches symboliques, le programme soutenu par ce trek repose sur un apprentissage concret, directement applicable sur le terrain. « Les participantes développeront des compétences pratiques de leadership et professionnelles pour travailler en montagne, notamment la gestion des risques, la communication, la gestion de groupe et la prise de décision en environnement d'expédition. »
Grâce à des exercices pratiques et à un apprentissage directement en situation, les participantes acquièrent une véritable expérience de terrain : organiser une expédition, coordonner un groupe, prendre des décisions en conditions réelles.
Au-delà des aspects techniques, la formation intègre également des dimensions clés pour construire une carrière durable : prise de parole en public, éducation financière, planification de carrière ou encore mentorat par des alpinistes expérimentés. Et surtout, ce programme a été pensé pour créer de véritables débouchés. « Il est conçu pour donner aux femmes les compétences, l'expérience et le mentorat nécessaires pour poursuivre des carrières en tant que guides de trekking, cheffes d'expédition et dans d'autres rôles du secteur. »
L'objectif est clair : ouvrir de réelles opportunités professionnelles, dans un secteur clé de l'économie népalaise. Pour beaucoup, cela signifie accéder pour la première fois à une autonomie financière, mais aussi devenir « des modèles dans leurs propres communautés ».
En marchant sur les traces de Pasang Lhamu Sherpa, les voyageurs ne se contentent pas de revivre une page d'histoire : ils participent à écrire la suite. Plus de trente ans après son ascension, son message continue de résonner à travers celles qui, aujourd'hui, se forment pour devenir guides, leaders ou actrices du monde de la montagne.
Ce trek incarne précisément cette idée : transformer une expérience personnelle en impact collectif.
D'un côté, des voyageurs venus du monde entier pour relever un défi mythique.
De l'autre, des femmes népalaises qui accèdent à de nouvelles opportunités, à une indépendance financière et à une place qu'elles n'avaient pas auparavant.
Et au croisement des deux : un voyage qui prend tout son sens. Car ici, atteindre le sommet ne consiste pas seulement à aller plus haut. C’est aussi permettre à d’autres d’y parvenir.
Prêt(e) à vivre une expérience qui dépasse le simple trek ?
Contactez les équipes Bluesheep Journeys, notre agence locale francophone au Népal, pour en savoir plus sur cette aventure unique, poser vos questions et construire votre expédition aux côtés de la fondation Pasang Lhamu Sherpa.
Une chose est sûre : vous ne reviendrez pas seulement avec des images de l'Himalaya, mais avec la sensation d'avoir participé, à votre échelle, à quelque chose de plus grand.