Mongolie

Mongolie, entre l'ours et le dragon... entretien avec Marc Alaux

24 mai 2021

Marc Alaux est éditeur et libraire de voyage. Il est aussi auteur d’une dizaine de livres sur la Mongolie. Ce quadragénaire délaisse en effet régulièrement la région parisienne où il habite pour la steppe à l’occasion de séjours de plusieurs mois. À l’occasion de la parution de son livre Mongolie, Entre l’ours et le dragon, rencontre avec un passionné de marche et d’histoire(s)…

 

Comment est née votre passion pour la Mongolie ?

À l’adolescence et au début de ma vie adulte, plutôt que de courir les filles, j’ai gaspillé mon temps en arpentant la France à pied. Les paysages dépouillés du causse Méjean en Lozère furent une révélation. Je m’y suis fait la promesse d’aller voir des paysages auxquels ils sont assez comparables : les steppes de Mongolie. Tout y fut plus grand, plus beau, plus fort. J’avais justement besoin d’augmenter ma vie, de lui donner une autre mesure.

J’ai donc mené plusieurs expéditions en Mongolie, parcourant 7 000 kilomètres à pied à travers ses steppes, ses montagnes et ses taïgas puis apprenant la langue à Oulan-Bator, la capitale, séjournant au sein des villages et hivernant dans la yourte des nomades… Cela fait maintenant vingt ans que j’étudie la culture et l’histoire de ce pays. Et je ne m’en lasse pas.

 

Pourquoi la Mongolie tient-elle une place si importante à vos yeux ?

Je me suis usé dans ses steppes et ses montagnes en les traversant à pied pendant plus de deux années, j’y ai gardé les moutons par –30°C durant des mois ; cela me lie physiquement à ce pays ; je l’ai dans le sang. Et je m’y suis construit, j’y ai trouvé ma place sur terre. Mais la marche m’a surtout initié à la richesse de la steppe. Sans faire de moi un éleveur nomade, elle m’a introduit en douceur à ce monde et en exigeant le meilleur de moi-même.

Par ailleurs, l’étude de la Mongolie, grande par sa steppe, son héritage, et sa culture, aide à saisir la complexité de cette région d’Asie : l’enjeu des ressources minières, les notions de frontières et d’acculturation, de nationalisme et de patrimoine. Enfin, l’étude d’une société aussi différente de la mienne m’aide à mettre mon propre pays en perspective. À mes yeux, aller en Mongolie n’est pas seulement un voyage, c’est un engagement de tout le corps et un exercice intellectuel stimulant.

 

Vous êtes l’auteur de plusieurs livres…

Il m’arrive de poser mon bâton de pèlerin pour prendre un stylo ; l’écriture est le prolongement du voyage, elle l’approfondit, elle l’étaye de pensées et suscite des questionnements à l’origine du voyage suivant…

Pour mieux comprendre la Mongolie, j’en ai varié les approches par l’écriture : j’ai donc publié des récits de voyage, dont Ivre de steppes, qui relate un hiver passé sous la yourte d’une famille nomade ; un livre d’artiste avec le calligraphe Togoobatyn Jamyansüren ; un florilège de Proverbes & dictons de Mongolie avec Charlotte Marchina ; un roman pour enfants (Tamir et le Loup des steppes), des essais…

J’ai également eu la chance d’éditer Moi, Naraa, femme de Mongolie, de Naraa Dash et le Voyage en Mongolie et au Tibet de Nikolaï Prjevalski. Et ces jours-ci, je fais paraître aux éditions Nevicata une courte réflexion sur la Mongolie contemporaine, Mongolie, Entre l’ours et le dragon.

Tout ce travail est à l’origine d’amitiés, et cela compte pour moi : pas de passion mongole pour moi sans la surprise et la générosité des rencontres.

   

Parlez-nous de votre dernier livre !

Le titre de Mongolie, Entre l’ours et le dragon fait directement référence à la situation géographique du pays entre ses deux puissants voisins : la Chine et la Russie. Un rôle de sandwich entre deux ogres mais aussi un rôle de carrefour culturel d’où l’histoire des deux autres se perçoit et prend des formes inspirantes.

Je l’ai écrit à destination des voyageurs en partance. Pour les aider à saisir les tenants et les aboutissants de la vie quotidienne mais aussi des enjeux plus larges comme l’identité mongole, la condition féminine, l’urbanisation, l’exploitation minière, le pastoralisme nomade, les croyances… Autant de sujets variés rendus accessibles dans un ouvrage au format poche, concis et dense.

L’ouvrage culmine avec trois entretiens avec des personnes incroyables : la mongolisante Isabelle Charleux, qui travaille étudie sur le bouddhisme ; Nomindari Shagdarsüren très engagée dans la promotion de la culture mongole en France ; et enfin Naraa Dash, femme d’affaires que nous avons vu jouer son propre rôle aux côtés de Cécile de France dans Un monde plus grand.

Ce petit livre n’est pas un guide, il raconte en chapitres courts la Mongolie que j’arpente avec une joie toujours renouvelée. Je reste un voyageur qui s’adresse aux voyageurs, avec toute la vigueur de ma passion.

 

Avez-vous de nouveaux projets de voyage et d’écriture ?

Les deux, mon capitaine ! J’en ai à peu près un millier en tête, mais je crois au travail et au temps, au déploiement de la ténacité et de la patience. L’écriture est une démarche de recul et de lenteur. Je m’exerce par exemple en ce moment à l’écriture de nouvelles mais nous verrons plus tard s’il en naît un livre. Quant aux voyages solitaires en Mongolie, je nourris un ou deux projets en effet, mais ils ont encore besoin de mûrir en moi… Saluons déjà la réouverture cet été du pays, que les gens pourront à nouveau visiter grâce à Sylvain Recouras et Horseback Adventure.

 

Lien vers le livre : https://editionsnevicata.be/mongolie

En savoir plus sur Marc Alaux et ses différents ouvrages : https://www.transboreal.fr/auteurs.php?id=60