Baci - Nomadays
Baci

Imaginez-vous au cœur d'un village laotien, bercé par des chants traditionnels, autour d’une communauté. Vous assistez à la fameuse cérémonie Baci, l'un des rituels les plus significatifs de la culture locale. Cette cérémonie, célébrée à tout moment de l'année, apporte chance et protection. Découvrons ensemble cette tradition clé qui invite au partage et à la spiritualité.

Baci, une invitation à la chance et à la prospérité                     

Egalement connu sous le nom de « Sou Khouan » en laotien, Baci est une cérémonie traditionnelle laotienne qui célèbre les moments marquants de la vie d'une personne. D’une durée d’environ 30 minutes à une heure, cette cérémonie vise à apporter chance et prospérité à la personne honorée.

Elle est pratiquée à diverses occasions, joyeuses ou tristes, comme les mariages, décès, naissances, départs ou retours de voyage, promotion au travail, obtention d’un diplôme, maladies, nouvel an laotien, pendaisons de crémaillère, anniversaires d'ancêtres et même pour remonter le moral des personnes en difficulté.  

Les 32 esprits de la prospérité

Selon la croyance laotienne, chaque individu est lié à 32 esprits protecteurs, appelés "Khouan," qui veillent sur notre bien-être. Si l'un de ces esprits s'échappe, un déséquilibre ou une maladie peut survenir.

C’est ici que Baci entre en scène. Il réunit la communauté pour rappeler ces esprits, rétablir l'harmonie, et exprimer des vœux de chance et de prospérité pour une vie longue et épanouie. Les ficelles de coton rétablissent cette connexion entre les 32 esprits et le corps.

Lorsque vous participez à la cérémonie, vous recevrez d'autres éléments symboliques tels qu'un poulet cuit, des œufs durs, des biscuits et des bananes, offerts pour attirer la bonne fortune.

Comment ça se passe ?

Préparation du Pha Khuan  

La préparation de la cérémonie est souvent confiée aux femmes aînées de la communauté. Elles se réunissent pour confectionner à la main un "Pha Khuan", une pyramide de soucis. Autrefois, cet élément central de la cérémonie était confectionné de manière artisanale, mais de nos jours, vous pouvez le retrouver sur les marchés urbains.

Lors de la cérémonie, le Pha Khuan est soigneusement disposé au centre de la pièce, posé sur un tissu blanc, et tous les participants se rassemblent autour de cet élément central. 

Déroulement de la cérémonie

Les hôtes ou les personnes honorées sont soigneusement placés à proximité du Pha Khuan. En face d'eux se trouve le Mor Phon, souvent une figure respectée et expérimentée au sein de la communauté, qui agit en tant que maître de cérémonie. Les autres participants se tiennent en arrière.

La séance débute par le rituel d'invocation conduit par le Mor Phon, habituellement un homme plus âgé. Il dépose devant lui un verre de whisky laotien, de l'argent enveloppé dans une feuille de bananier, des bougies et des fleurs. Ensuite, il attache une ficelle blanche à son poignet tout en exprimant des vœux positifs à voix basse.  

Le rituel de bénédiction 

C’est maintenant l’heure de l’allumage de la bougie au sommet du Maak Beng, la pyramide de soucis constituée de feuilles et de fleurs de bananier. Mor Phon invite ensuite les hôtes ou les personnes destinées à recevoir la bénédiction à poser leurs mains vers le bas sur le bord du Pha Khuan. En glissant doucement des cordes blanches sur leurs mains, il récite les paroles traditionnelles Hai Kuard Nnee, Dee Kuard Kao (signifiant que le mal est écarté et le bien est appelé).

Et le rituel de la ficelle et de la prière ? 

C’est là que le Mor Phon saisit une des extrémités du fil blanc attaché au Pha Khuan, tandis que la personne à bénir tient l'autre. Ensemble, ils tiennent la ficelle entre leurs paumes en priant, tandis que le Mor Phon chante en pali, la langue religieuse, parfois en citant des poèmes et des proverbes laotiens. Cette étape se fait en silence.

Invocation des esprits et conclusion

À un moment donné de la mélodie, les assistants de la cérémonie récitent en chœur Ma Der Khuan Euy (s'il vous plaît, venez les esprits). Ils jettent alors du riz en l'air, symbolisant leur appel aux esprits pour la chance. Une fois que le chant du Mor Phon se termine, il attache les premières cordes blanches de bénédiction aux poignets de la personne honorée. Ensuite, tous les participants se rassemblent pour attacher des cordons blancs aux poignets des invités d'honneur, de la famille et des convives, tout en exprimant de chaleureux vœux.

Les traditions et conservation

Certaines personnes choisissent d'attacher des billets de banque, tandis que d'autres préfèrent placer des objets comestibles ou des verres de whisky laotien dans les mains des hôtes avant de les lier.

Baci prend fin lorsque tous les cordons blancs ont été noués ou lorsque le cordon blanc est épuisé. Parfois, à la clôture, le Mor Phon et les aînés observent les caractéristiques d'un poulet pour faire des prédictions.

Conservation du Pha Khuan

Une tradition populaire veut que si les griffes du poulet pointent dans la même direction, les esprits des bénéficiaires de la bénédiction connaîtront la prospérité.

Après la cérémonie des ficelles, la festivité se poursuit avec un repas, des boissons, et parfois même une danse en cercle laotienne animée par un groupe en direct.

Si vous voulez que vos souhaits se réalisent, gardez les cordons blancs attachés à vos poignets pendant au moins trois jours après la cérémonie. Et privilégiez de les dénouer plutôt que de les couper.

Après la cérémonie

Après la cérémonie, le Pha Khuan est conservé pendant environ trois jours, jusqu'à ce qu'il soit sec, puis il est jeté. Cette conservation est similaire à celle des cordons blancs autour des poignets car couper les cordons pourrait annuler les bénédictions.

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