Umoja, une ville refuge pour femmes - Nomadays

Kenya

Village d'Umoja au Kenya : zoom sur cette société matriarcale du comté de Samburu

29 avr. 2026

Umoja est un village matriarcal situé au nord du Kenya, dans le comté de Samburu. Co-créé par Rebecca Lolosoli, une femme kenyane victime de viol et de violences conjugales, ce lieu est un refuge pour les femmes, et les jeunes filles, ayant fui les violences patriarcales ou un mariage forcé. Visiter Umoja permet de s'immerger dans la culture des habitantes, mais aussi de soutenir leur résilience, leur indépendance et leur économie.

L'Histoire du village d'Umoja au Kenya

Où est situé le village d’Umoja ?

Le village d’Umoja se trouve au nord du Kenya à proximité de la petite ville d’Archers Post, à seulement quelques kilomètres de la réserve nationale de Samburu. Les femmes du village sont issues de la tribu des Samburus, qui représente moins de 2 % de la population kényane. Dans cette société patriarcale, les très jeunes filles sont mariées de force à des hommes beaucoup plus âgés et ont rarement accès à l’éducation.

La genèse du village : les violences subies par les femmes Samburus

Des centaines de femmes Samburus ont rapporté avoir été violées entre 1970 et 2003, par des soldats britanniques alors en exercice au Kenya, lors d’opérations d’entraînement militaires. À la suite de ces violences, nombre d’entre elles sont rejetées de leur foyer par leur époux ; car elles sont alors considérées comme salies et déshonorées. Battues, répudiées et sans ressource, une quinzaine de ces victimes décident de fonder le village d’Umoja – qui signifie « unité » en langue swahilie.

Zoom sur la population Samburu

Les Samburus sont une population d'Afrique de l'Est, concentrée au centre du Kenya. Souvent assimilés à la tribu Massaï, ils restent néanmoins une ethnie bien distincte ; chacune avec leurs us et coutumes. Les samburus vivent essentiellement de l’élevage (vaches, chèvres, moutons) – dans leur culture, les animaux sont synonymes de richesse.

Le passage à l’âge adulte pour les garçons est marqué par une cérémonie de circoncision publique, qui les fait passer au rang de guerrier Moran. Après cette cérémonie, ils vivent un temps à l’écart du village, période durant laquelle ils apprennent les responsabilités de leur nouveau statut.

   


La création de Umoja dans les années 90

En 1990, un petit groupe de femmes Samburus, mené par Rebecca Lolosoli, fonde donc le village d’Umoja. Ce lieu est exclusivement réservé aux femmes et à leurs enfants – seuls les garçons de moins de 18 ans y sont admis. Le village est implanté à proximité de la ville d’Archers Post (à moins de quatre kilomètres), afin de permettre aux habitantes de solliciter la police en cas de danger.

À l’origine, Umoja répond à un besoin vital : offrir un refuge à celles qui fuient les mutilations génitales, les mariages forcés, les violences conjugales ou les viols. Dans leur tribu très patriarcale, les femmes sont souvent victimes de violences pour des motifs dérisoires – comme rester debout devant leur mari, ce qui est interdit dans leur culture.

Le village d’Umoja est constitué d’une vingtaine de huttes fabriquées à base de branchage et de torchis (un mélange de paille, de terre et de bouse de vache). Ce refuge matriarcal est aussi protégé par un enclos épineux pour éviter toute intrusion.

 L’Évolution

Au début de la construction du village, les hommes Samburus se moquent du projet, convaincus que les femmes ne parviendront pas à vivre sans eux. Pourtant, Umoja s’impose peu à peu comme un symbole de résilience et d’indépendance féminine, et le village ne cesse de grandir au fil des décennies...

Depuis sa création, il continue d’accueillir de nouvelles résidentes, notamment des jeunes femmes ayant fui des mariages forcés. Jane Nolmongen, l’une des quinze premières habitantes, vit encore au village. Elle y travaille et élève ses enfants auprès de ses amies. En trente ans, le village est passé d’une quinzaine de femmes à une cinquantaine de familles.

La vie dans le village

À Umoja, l’entraide et la solidarité restent les piliers de la communauté. Et, bien qu’il n’existe pas de modèle social ni de hiérarchie établie : Rebecca Lolosoli reste leur figure d’autorité. Seuls les “hommes touristes” ont le droit d’entrer dans l’enceinte du village. En effet, si les femmes d’Umoja ont parfois des amants, ces relations ne sont admises qu’à l’extérieur du refuge.

L’excision n’est pas pratiquée à Umoja et les jeunes femmes ne sont, évidemment, pas promises à un mariage forcé. De leur côté, les garçons sont élevés dans le respect des femmes et aident aux tâches ménagères.

Parfois, des réunions sont organisées au sein du village pour parler de la prévention contre le Sida et de l’égalité des sexes. À ces occasions, des femmes des villages voisins sont conviées.

   

L’économie du village

Les bijoux

Les femmes d’Umoja subviennent aux besoins de leurs familles essentiellement grâce à leurs fabrications de bijoux. Ces dernières créent des colliers et des bracelets qu’elles vendent ensuite aux touristes dans l’enceinte du village, ou sur leur boutique en ligne officielle :
 https://umojajewellery.com/shop/

L’objectif de Umoja Jewellery est de permettre à ces femmes d’augmenter leurs revenus, afin d’améliorer leur niveau de vie, d’éduquer leurs enfants et d’émanciper les générations futures des traditions patriarcales. Malgré leur histoire, les bijoux d’Umoja reflètent la culture Samburu, avec des motifs et des couleurs traditionnelles liés à leur tribu.

L’exploitation des terres

Pour assurer leur autonomie, les habitantes d’Umoja ont aussi appris à travailler la terre et à exercer des activités traditionnellement masculines, comme l’élevage.

L’activité touristique du village

Les visites du village génèrent également des revenus supplémentaires. L'argent perçu grâce au tourisme est remis à la matriarche du village, qui le répartit ensuite entre les familles en fonction du nombre d’enfants.

Une partie des revenus est également mise de côté pour financer l’éducation des enfants à l'école, en particulier celle des jeunes filles ; pour renforcer la future autonomie des femmes élevées à Umoja...

Des maris jaloux de la réussite d'Umoja

Depuis la création du village, les habitantes font face à l’hostilité et à la jalousie des hommes. Au début, quelques époux campaient près du village pour espionner leurs anciennes femmes et tenter de les récupérer de force…

Avec le temps, la jalousie de certains maris s'est même accentuée face à la réussite économique du village ; qui attire de nombreux touristes. Par le passé, certains hommes ont même tenté de fonder un village patriarcal à proximité, dans l’espoir de concurrencer Umoja !

Animés par le ressentiment, d’autres ont mené des attaques contre le village et sa fondatrice Rebecca Lolosoli. Des tensions persistent encore aujourd’hui : des hommes continuent à s’en prendre aux habitantes pour les intimider.

Par ailleurs, leur colère s’est ravivée lorsque les femmes d’Umoja ont obtenu des actes de propriétés de terre de la part du gouvernement. Face à ces agressions répétées, les résidentes du village ont dû faire appel à des guerriers Massaïs pour assurer leur protection.

En août 2009, Umoja a été attaqué par un homme armé : il s’agissait de Fabiano David Lolosoli, l'ancien mari de Rebecca… Les femmes présentes ce jour-là furent contraintes de quitter temporairement leurs maisons, alors que l’assaillant recherchait son ex-épouse (absente lors de l’assaut).

Zoom sur le Peuple Massaï

Le peuple Massaï du Kenya est une tribu semi-nomade constituée de guerriers et d’éleveurs. Lors de votre voyage, vous pourrez les rencontrer pour une immersion totale au cœur de la culture kényane.

Attention cependant, il existe de faux villages créés pour satisfaire les touristes en quête de folklore. N’hésitez pas à demander conseil à notre agence pour éviter ces attrape-touristes.

   


Comment visiter le village d'Umoja au Kenya ?

À quoi s’attendre ?

L’accès au village Umoja est soumis à un droit d'entrée de 1000 shillings (environ 7 €/personne). Une fois à l’intérieur, vous pourrez découvrir les huttes traditionnelles et l’école maternelle, mais également la vie à l’intérieur du refuge et le mode de vie des habitantes.

Lors de votre escale, vous pourrez également assister à une réunion dans le napoo (la maison où les femmes se rassemblent pour prendre ensemble les décisions importantes de la communauté) et visiter l'atelier de fabrication de bijoux.

Sur demande, il est aussi possible d’assister à une « soirée spéciale Samburu » : un dîner avec un spectacle de chants et de danses traditionnels, autour d’un feu de camp. Notez que le village abrite aussi un petit musée qui retrace l’histoire du peuple Samburu et la fondation du village d’Umoja.

Où dormir à Umoja ?

Si vous souhaitez dormir sur place, deux options d’hébergement s’offrent à vous :

  • Séjourner à l’intérieur même du village, dans une hutte traditionnelle du Camping Umoja – dédié aux touristes. Il est recommandé de réserver à l’avance sur le site officielor.ke via l’e-mail [email protected]. Comptez environ 33 € pour un lit simple.
  • Dormir dans le camp de safari Umoja Camp, situé à environ 400 mètres de l’entrée du village. L’hébergement est assez spartiate, mais bien équipé, avec une belle vue sur la rivière Ewaso Ng’iro.

Le portrait de Rebecca Losoli, la fondatrice d'Umoja

Ses origines et son passé

Rebecca Lolosoli est née en 1962 dans le village de Wamba – à environ 310 kilomètres de Nairobi – au sein d’une famille de six enfants. Elle a commencé sa scolarité à l’école primaire pour filles de Wamba, mais a dû interrompre ses études avant la fin de son parcours scolaire – une triste réalité qui reflète les difficultés d’accès à l’éducation pour les filles nées dans cette région.

Poussée par le désir d’apprendre et de se former, elle s’inscrit quelques années plus tard dans un centre de formation catholique pour devenir infirmière. Là encore, son parcours est interrompu, cette fois pour des raisons financières.

À 18 ans, Rebecca se marie avec Fabiano David Lolosoli (avec une dot composée de 17 vaches, suivant les traditions locales). Son mariage précoce n’est pas un long fleuve tranquille : lorsqu’elle est agressée et violée par des militaires britanniques dans les années 90, son mari n’intervient pas.

Son émancipation à Umoja

Face à cette absence de soutien, elle prend la décision de quitter son mari. En 1990, Rebecca cofonde le village d’Umoja exclusivement féminin où les femmes pourront vivre librement et en sécurité. Ce village devient rapidement un refuge renommé – et un symbole de résistance face aux violences et aux contraintes sociales imposées aux femmes.

En 1995, les habitantes d’Umoja ont reconnu les qualités de leader de Rebecca Lolosoli et celle-ci est élue Présidente de Maendeleo Ya Wanawake, une organisation kényane dédiée à la promotion des droits des femmes et à l’égalité des sexes.

Fondée en 1952, par un groupe de femmes européennes, et rattachée au ministère du Développement communautaire et de la Réhabilitation : cette organisation est un acteur majeur du mouvement féministe au Kenya. Rebecca occupera ce poste durant dix ans ; consolidant ainsi son influence et son engagement pour l’émancipation des femmes.

Sa reconnaissance internationale

En 2005, son implication prend une dimension internationale, tandis qu’elle participe à une conférence des Nations unies à New York. Juste avant son départ, elle reçoit des menaces de mort de la part d’hommes de sa région…

Au fil du temps, le travail de Rebecca ne cesse d’être reconnu et salué. En 2010, elle reçoit le prix Vital Voices Fern Holland Global Leadership Award, ainsi que le GR8! Women Award, qui célèbre les femmes fortes œuvrant à la promotion des droits des femmes et à l’égalité des sexes.

Malgré les menaces et les attaques répétées auxquelles elle est soumise, Rebecca continue de défendre la cause des femmes et de lutter contre la violence patriarcale, ainsi que toutes pratiques culturelles qui affectent leur santé, leur sécurité et leur bien-être.

Rebecca Losoli poursuit son chemin…

Aujourd’hui, Rebecca Lolosoli poursuit son engagement en rencontrant des journalistes, des étudiants et des touristes et en participant à des séminaires internationaux sur les droits des femmes et des peuples autochtones. Rebecca est souvent sollicitée aux États-Unis, en Europe et en Afrique du Sud, ce qui lui permet de sensibiliser un large public aux problèmes rencontrés par les femmes au Kenya.

La co-fondatrice d’Umoja sait que rien n'est encore gagné et insiste sur le fait que la route vers l’égalité des sexes est encore longue... Elle déplore, par exemple, que dans sa communauté, les femmes ne possèdent pas, encore aujourd'hui, les mêmes droits que les hommes et dénonce ces inégalités profondément ancrées.

Malgré ces obstacles, Rebecca reste toutefois confiante et voit dans son leadership, ainsi que dans la force des femmes d’Umoja, les bases d’un changement durable..

Le village matriarcal de Tumai, dans le sillage d’Umoja.
   
Sa fondation

Le village de Tumai a été fondé par Béatrice Chili Lenamunyi (surnommée Chili), une ancienne résidente d’Umoja. Inspirée par l’expérience de ce village pionnier, elle a voulu offrir à d’autres femmes un espace sûr où vivre libres, loin du joug des hommes et des contraintes imposées par leur système patriarcal.

Ce lieu représente un espace de liberté où les habitantes vivent en autosuffisance et accomplissent des tâches qui, dans la culture samburu, sont traditionnellement réservées aux hommes. Par exemple, elles élèvent seules les chèvres, chassent et construisent elles-mêmes les huttes de leur village.

Parallèlement à ces activités, elles perpétuent les coutumes sacrées et les pratiques culturelles, normalement exercées par les hommes… Par exemple, une fois par mois, elles se rendent dans les montagnes pour pratiquer un ancien rituel samburu. Vêtues de leurs habits traditionnels, elles versent du lait de chèvre dans la rivière sacrée tout en chantant, pour invoquer la pluie ou demander aux cieux de protéger leur bétail.

Son évolution

Depuis 2001, les femmes de Tumai ont choisi de construire un vrai système démocratique. Toutes les décisions importantes, qu’il s’agisse de la vie quotidienne ou de projets engageant l’ensemble des habitantes, sont désormais soumises au débat puis votées à main levée, à la majorité.

L’intégration de nouvelles résidentes obéit à des critères précis : chaque candidate doit avoir divorcé, et leurs garçons ne peuvent intégrer le village que s’ils sont âgés de moins de 16 ans, après quoi ils doivent partir.

Le village de Tumai applique aussi des règles sanitaires et sociales strictes : la pratique de l’excision y est proscrite, et les relations sexuelles, comme à Umoja, sont autorisées uniquement à l’extérieur du village.

Enfin, Tumai s’inscrit dans un mouvement d’émancipation plus large. En effet, d’autres villages de femmes ont vu le jour dans le sillage d’Umoja et de Tumai au Kenya ; reprenant le modèle d’autonomie et de gouvernance féminine.

Questions fréquentes

Qui est le fondateur du village d'Umoja ?

Le fondateur d’Umoja est une femme : Rebecca Lolosoli. « Déshonorée » et répudiée par son mari, après avoir été violée par des militaires britanniques, elle crée, avec une quinzaine d’autres femmes rejetées, ce refuge matriarcal. Depuis 1990, le village d’Umoja accueille les femmes kényanes fuyant les violences physiques et sexuelles de leurs époux.

Le Kenya est-il patriarcal ou matriarcal ?

Le Kenya est un pays très patriarcal dans les zones rurales, où les filles et les garçons reçoivent une éducation très différente, inhérente à leur sexe. Les femmes n’ayant pas droit au chapitre, elles sont souvent victimes de violences et d'abus. Pour ces raisons, le Kenya compte plusieurs villages matriarcaux exclusivement réservés aux femmes et aux garçons de moins de 18 ans. Heureusement, le patriarcat est beaucoup moins marqué dans les zones urbaines.