Au cœur de Zharkent, une silhouette se détache sur l’horizon, attirant le regard par l’élégance de ses lignes et la richesse de ses détails. La mosquée de Zharkent, joyau en bois niché au sein de la ville, semble suspendue entre ciel et terre, mêlant finesse artisanale et harmonie visuelle. Son charme intemporel invite à la découverte et promet de révéler des secrets d’architecture et d’histoire uniques au Kazakhstan.
Située à 631 mètres d’altitude, la mosquée de Zharkent se trouve au centre-ville, à l’intersection des rues Kounaïev, Galparov, Masanchi et Yuldashev. Elle appartient au district de Panfilov, dans la région de Jétyssou, et occupe un emplacement facilement accessible dans le tissu urbain de la ville.
La mosquée de Zharkent trouve son origine à la fin du XIXe siècle, peu après l’établissement officiel de Zharkent comme avant-poste de la Russie tsariste, alors que la localité n’était auparavant qu’un petit village ouïghour. En 1887, lors d’une assemblée de la communauté musulmane, le marchand de première guilde Vali Akhun (Valiakhun) Yuldashev proposa la construction d’une grande mosquée. Il en fut le principal mécène, versant un acompte important et organisant une vaste collecte de dons, notamment auprès des Ouïghours venus de Kouldja (Ghulja).
Le projet fut confié à l’architecte chinois Hon Pike, également connu sous les noms de Hon Piquet, Hong Pik ou Mukan. Il fut assisté par de nombreux maîtres artisans ouïghours renommés, parmi lesquels Hassan Imanov, Ushurbaki, Tair Ismailov, Nasretdin Kara, Zainutdin et Abdukadir. Plus d’une centaine d’artisans participèrent au chantier. La construction de la mosquée et de son portail principal avec tour s’échelonna entre 1892 et 1895, date à laquelle l’édifice fut achevé. Une petite mosquée, une médersa et une enceinte vinrent compléter le complexe entre 1903 et 1905. Réalisée principalement en bois et, à l’origine, sans clous ni éléments métalliques, la mosquée constituait une œuvre architecturale exceptionnelle pour la région.
En 1910, un violent tremblement de terre causa de lourds dégâts : les tours décoratives s’effondrèrent, les dômes furent fissurés et l’accès principal dut être fermé. Malgré ces destructions, l’édifice survécut à d’autres épreuves, dont un ouragan en 1965, ainsi qu’à l’usure du temps. Plusieurs réparations furent nécessaires au fil des décennies, au cours desquelles des clous furent parfois ajoutés.
Durant la période soviétique, alors que la pratique religieuse était fortement restreinte, la mosquée fut détournée de sa fonction. Elle fut utilisée successivement comme entrepôt, magasin, grenier à céréales, caserne de gardes-frontières, cinéma, salon de thé, voire écurie. Des études menées en 1948-1949 ouvrirent la voie à sa mise sous protection.
Une étape décisive fut franchie entre 1975 et 1978, lorsque d’importants travaux de restauration permirent la sauvegarde du bâtiment. Par décret du 24 mars 1978 du Conseil des ministres de la RSS du Kazakhstan, signé par Baiken Ashimov, la mosquée fut transformée en musée d’architecture et d’art, statut qui la protégea durablement. L’intervention déterminante de Dinmukhamed Kunaïev contribua également à éviter la disparition de ce monument.
Depuis 1982, la mosquée de Zharkent est officiellement classée monument d’architecture et d’histoire d’importance républicaine. Une nouvelle phase de restauration eut lieu entre 2001 et 2004, avec notamment la réfection du toit, la restauration du portail principal et la consolidation générale de l’édifice. Aujourd’hui, la mosquée de Zharkent conserve une double vocation : elle demeure un lieu de culte tout en accueillant des milliers de visiteurs en tant que musée, témoignant de son histoire mouvementée et de sa valeur patrimoniale unique.
La mosquée de Zharkent est un chef-d’œuvre unique de l’architecture islamique chinoise du XIXe siècle, mêlant avec audace les traditions d’Asie centrale et l’esthétique des pagodes chinoises. Entièrement construite en bois d’épicéa du Tian Shan, provenant des montagnes d’Aksu et de Ketmen, elle a été assemblée sans aucun clou, selon des techniques ancestrales de charpenterie (tenons, mortaises et emboîtements), garantissant à la fois souplesse, résistance sismique et longévité.
L’édifice mesure 28 x 54 mètres, atteint 14,5 mètres de hauteur, et son minaret s’élève à 19 mètres, entouré de 52 colonnes finement sculptées. La structure repose sur une ossature de 122 piliers en bois, tandis qu’une galerie à colonnes cylindriques sans chapiteaux, surmontée d’une large corniche, ceinture le bâtiment. Le célèbre toit “flottant”, aux extrémités recourbées vers le ciel, confère à l’ensemble une élégance et une légèreté remarquables.
À l’intérieur, la salle principale, pouvant accueillir environ 1 000 fidèles, impressionne par la richesse de son décor :
Le mihrab et le portail principal rappellent les traditions islamiques d’Asie centrale, tandis que le minaret, le minbar et l’extérieur de l’édifice évoquent clairement l’influence chinoise.
L’entrée à la mosquée se fait par un portail monumental arqué de style centrasiatique, richement décoré d’inscriptions arabes et de motifs floraux. Il est surmonté d’un minaret en forme de pagode à deux niveaux, flanqué de coupoles d’inspiration centrasiatique et coiffé d’un croissant doré. Ce point de vue offre l’une des meilleures lectures du mélange des styles architecturaux.
La vaste salle principale, en bois finement ouvragé, est soutenue par des colonnes sculptées et surmontée d’un plafond décoré de poutres rayées. Les hommes priaient traditionnellement au rez-de-chaussée, tandis que les femmes occupaient la galerie supérieure, conformément aux usages islamiques. Le minbar, véritable chef-d’œuvre d’ornementation végétale, témoigne d’un raffinement artistique exceptionnel.
Le complexe comprend également une madrasa située au sud, où l’enseignement religieux était autrefois dispensé aux garçons et aux filles dans des espaces séparés. Aujourd’hui, les anciennes salles de classe accueillent des expositions d’art local, d’objets traditionnels kazakhs et ouïghours, et retracent la vie régionale avant l’arrivée des Russes.
Une cour intérieure se trouve au nord-est, tandis que l’ensemble du site est entouré d’une enceinte en pierre de 2,3 mètres de haut, restaurée, avec des accès au nord et au sud. Les treillis en bois, les éléments en céramique et les décors floraux renforcent l’harmonie de ce complexe, qui fonctionne aujourd’hui comme musée, tout en conservant son aura religieuse et spirituelle.
La mosquée de Zharkent fonctionne à la fois comme musée et lieu de culte actif. Elle est ouverte la plupart des jours de 9h à 16h30, avec des visites guidées généralement obligatoires. Selon les informations locales, les heures d’ouverture peuvent varier : le site est habituellement ouvert du mardi au samedi, avec une fermeture le lundi, et des horaires réduits le dimanche. Les indications à l’entrée peuvent également être modifiées, néanmoins, il est recommandé de les vérifier avant la visite.
Le tarif d’entrée est d’environ 300 tenges par personne. Un supplément de 500 tenges est demandé pour les photos à l’intérieur, un montant parfois négociable selon le nombre de visiteurs. Les visites guidées sont proposées en russe et/ou en kazakh uniquement, et certaines zones peuvent être temporairement inaccessibles pendant les heures de prière.
En raison du caractère religieux du site, une tenue respectueuse est exigée : les femmes doivent se couvrir la tête et les épaules, les hommes éviter les shorts. Vous devez aussi retirer vos chaussures devant l’entrée dans la salle de prière.