Chiraz

Chiraz est, avec Ispahan et Kashan, l’une des villes les plus visitées de l’Iran. Rideau sur les points d’intérêt de la destination.

À la lueur du crépuscule, la tombe en marbre de Hafez brille de mille feux au milieu des orangers et des rosiers que le poète a tant chanté dans ses ghazals. Excepté cette dernière, lescénotaphes de Saadi et de Kwaju Kermani sont des lieux de mémoire qui émeuvent le visiteur en se rendant à Chiraz. Bien que la capitale royale des Zand ait cédé son titre en 1786 à Téhéran, elle garde sa suprématie dans le domaine de l’art, de la littérature et de la culture persane. Ses beaux jardins boisés, ses anciennes mosquées, son bazar haut en couleurs et son riche patrimoine historique font de Chiraz une destination obligée pour profiter d’une escapade à deux ou en famille le temps de quelques jours. Réservez dès aujourd’hui votre vol pour Chiraz et retrouvez ce que vous attendez d’un voyage romantique en Iran.

Notes d’histoire

Les voyageurs seront conquis par le passé millénaire de cette ville, gouvernée dès le xviie siècle par le califat omeyyade, prise par les Safarrides vers 850 et par les Buyides en 933, avant l’arrivée de la dynastie safavide au début du xvie siècle. Le fondateur de Chiraz se nomme Muhammad ibn Yusuf al- Thaqafi. Bien que sa naissance officielle date de 693, le nom du site est apparu dans plusieurs sources préhistoriques. Témoin les inscriptions des tablettes de Persépolis. Témoin encore les empreintes en argile repérées parmi les ruines sassanides de Qasr-e-Abu Nasr. Les chercheurs avancent une datation probable autour de 700 ans av. J.-C.

L’architecture de Chiraz a été façonnée au gré des dynasties successives. Au xe siècle, elle est déjà décrite comme une ville non négligeable sous le règne des Buyides qui ont soumis la région du Fars entière. Le commerce du vin, du coton et des céréales était en plein essor. Les tisserands avaient pignon sur rue, préférant écouler leurs ouvrages de tapisserie au marché de Chiraz plutôt qu’ailleurs. C’est un signe révélateur du pouvoir d’achat des habitants. L’entrée de la ville, qui comptait alors une douzaine d’arrondissements, était défendue par huit portails.

Au xiiie siècle, la cité de Chiraz connut un âge d’or sur le plan culturel. Sous le patronage du monarque local, la poésie, la littérature et la philosophie se sont épanouies, à un tel point que la ville acquit le surnom élogieux d’« Athènes de l’Iran ». Les connaissances scientifiques ont également progressé. Vers la fin du xiv e siècle, la population se chiffrait à près de 70 000 résidents.

L’an 1762 est marqué par un second âge d’or : Karim Khan, mettant un terme à la domination safavide, s’empara du trône et bâtit sa capitale à Chiraz. Celle-ci fut aménagée en un quartier royal doté d’une citadelle, d’une mosquée et d’une place de marché couverte. Karim Khan a restauré les murs de la cité, qui furent malheureusement détruits, 25 ans plus tard, par les Kadjar. Chiraz perdit son statut de capitale royale au profit de Téhéran. Cependant, son prestige s’est maintenu parce que les élites de la cour royale en ont fait une station de villégiature estivale. Ils l’ont embelli de jardins et de palais impressionnants.

Chiraz s’enorgueillit d’être la terre de naissance de nombreux hommes de lettres. Le nom de la cité est associé aux souvenirs de Hafez, un vénérable soufi du xive siècle qui a porté aux sommets la poésie persane. Tous les Iraniens le tiennent en très haute estime. Ils apprennent par cœur ses morceaux de poèmes et utilisent les sages paroles du poète dans les expressions proverbiales. Saadi et Khaju Kermani – deux célèbres écrivains – sont également originaires de Shiraz. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, le régent Karim Khan a restauré leurs tombeaux respectifs, en aménageant une structure plantée de colonnades et surmontée d’un dôme en cuivre aux lignes arabesques raffinées. Aujourd’hui, les tombeaux des trois poètes tiennent lieu de mémorial national.

Aujourd’hui

À 800 km environ de Téhéran, Chiraz, chef-lieu de la province de Fars, est également la cinquième ville de l’Iran par sa population. Elle abriterait près de 1,9 million d’âmes, si l’on en croit le dernier recensement de 2016. Sa place prédominante dans le paysage touristique de l’Iran tient à une double raison. D’une part, Chiraz possède une grande qualité environnementale : ses jardins d’orangers, de dattiers et de palmiers sont légendaires. Les canaux d’irrigation permettent de faire pousser des espèces horticoles en tous genres, de sorte quele vin et les fleurs sont devenus les principaux symboles de la ville. D’autre part, l’importance du patrimoine historique plaide en sa faveur : Chiraz a été un grand centre économique et culturel de la Perse antique, le Grand Bazar historique en étant le témoignage. Ses caravansérails, ses mosquées et ses galeries marchandes rendent compte du développement de Chiraz depuis l’ère islamique.

Sa vocation ne se limite donc pas à celle d’une métropole commerciale au sud-ouest de l’Iran. Ville d’art et d’histoire incomparable, la bien-nommée « Athènes de l’Iran » présente tous les atouts d’un haut-lieu de tourisme.

Lieux d’intérêt incontournables

Attrayante, verdoyante et romantique, la ville de Chiraz offre une multitude d’attractions à visiter.

Patrimoine naturel

Le jardin d’Eram : Créé il y a 800 ans, le jardin d’Eram, faisant partie d’une propriété palatiale, est un exemple accompli des jardins royaux persans. Dans la langue locale, Eram revêt le sens de « jardin du paradis ». La richesse botanique du parc, où poussent les roses, les grenadiers, les palmiers dattiers, et bien d’autres espèces, vous laissera le souffle coupé. Son inscription au patrimoine mondial de l’humanité en 2011 est pleinement méritée. Pendant un bref instant, le touriste se prendra pour un chah de Perse du xixe siècle en longeant la piscine centrale et en progressant jusqu’au splendide pavillon revêtu de céramiques.

Patrimoine religieux

La mosquée rose : Mirza Hasan Ali Nasir al Molk, un chah de la lignée Kadjar, a légué son nom à l’adorable mosquée qui se dresse au cœur du quartier Gawd-i Arabān, tout près du sanctuaire de Shah-Cheragh. Inaugurée vers 1888, la mosquée réunit des détails architecturaux d’exception, comme les carreaux roses, les vitraux aux motifs géométriques et les tapis chamarrés. La visite du site s’impose parce qu’il constitue un joyau architectural de la cité, mais aussi parce qu’en payant le droit d’entrée, vous rendrez service aux pauvres. La fondation qui gère le site touristique consacre une partie des revenus à des actions caritatives.

La mosquée du régent : cet édifice vieux de plus de 250 ans fut construit sur l’ordre de Karim Khan, le père de la dynastie Zand. Ce chah s’attribuait le titre de Vakil ou régent, d’où vient le nom de la mosquée. Attardez-vous dans son shabestan (cellule de prière), soutenu par de ravissantes colonnes en spirale agrémentées de feuilles d’acanthe. Le revêtement du plafond, les bas-reliefs qui ornent la cour, les motifs floraux de l’iwan montrent une maîtrise inégalée de l’art de la céramique.

Musées et monuments

La citadelle royale de Karim Khan : lorsque le premier souverain de la tribu Zand accéda à la couronne en 1760, il fit construire une forteresse au nord-ouest de Chiraz. Le plan de l’Arg de Karim Khan ressemble à celui d’un castel moyenâgeux : de forme rectangulaire, elle est enserrée d’épaisses murailles et bordée à chaque côté de quatre tours rondes mesurant 14 m de hauteur. Palais, appartements et cour plantée d’orangers.

La maison Qavam : fondée au xviiie siècle, cette luxueuse résidence historique témoigne de l’influence des classes marchandes de l’époque. Elle fut la propriété de Mirza Ibrahim Khan, un descendant des Qavam. Le jardin jonché de fleurs et d’arbres fruitiers, où courent des petites fontaines, invite à la flânerie.

La porte du Coran : véritable symbole de la ville, elle est un peu comme l’Arc de Triomphe de Paris ou la porte de Brandebourg de Berlin. La porte du Coran est établie au nord-est de la cité, sur la route allant de Marvdasht à Isfahan.

La tombe de Hafez : juste à côté de la Porte du Coran, la tombe de Hafez est l’un des monuments phares de Chiraz. L’accès à la tombe exige une balade d’agrément dans les jardins Musalla : au milieu des roseraies et des fleurs d’orangers, le corps de Hafez repose dans un caveau en marbre surmonté d’un pavillon à colonnades. Pour la petite histoire, Hafez est le plus admiré des poètes iraniens. Le design du mausolée a été l’œuvre de l’architecte et archéologue français André Godard. Attraction touristique à part entière, le dôme du pavillon s’illumine tous les soirs. L’endroit lui-même est fréquenté par les jeunes couples et les familles.

La tombe de Saadi : ne manquez pas également le site funéraire de Saadi, un poète de la cour du Moyen Âge. Alors que Hafez s’intéressait principalement à l’amour, aux jardins et au monde des tavernes, les poèmes de Saadi traitent de questions éthiques, comme la suppression des inégalités sociales. La structure actuelle est la réhabilitation d’une première tombe édifiée par un vizir mongol du xiiie siècle. Vous apprécierez de flâner dans le joli parc jonché de cyprès ou de prendre une collation dans les maisons de thé. En consultant les vers profonds du poète gravés sur les murs du tombeau, la balade prendra une touche méditative.

La tombe de Kwaju Kermani : bâti en 1315 à la mémoire de Kwaju Kermani, un célèbre poète voyageur, ce monument est, pour son silence et son cadre au bord d’une limpide rivière, un endroit recommandé pour les amoureux. Facilement repérable au nord de Chiraz, il surplombe la Porte du Coran.

Le bazar de Vakil

Le bazar de Vakil, qui a existé depuis plus de 800 ans, est une place de marché bruyante et colorée. Les touristes aiment y traîner leurs pas pour se fondre dans la foule et faire connaissance avec les habitants. Pensez à y faire vos courses pour chiner de belles trouvailles : tapis persans, chaussures ou sacs à main traditionnels, articles de joaillerie, céramiques… Vous ne serez pas déçus par son côté pittoresque et authentique.

Meilleure saison pour partir à Chiraz

À la différence du tourisme d’affaires, le tourisme de plaisance dépend étroitement des conditions climatiques. Il règne un climat semi-aride dans la région : les étés sont secs et brûlants, la température pouvant atteindre les 38o C ; les hivers sont relativement doux par rapport aux autres provinces (5,3o C en janvier), mais la majorité des précipitations se concentrent durant cette période. Pour partir en vacances à Chiraz, mieux vaut privilégier le printemps . Au début d’avril, la température commence à se réchauffer sans frôler l’étuve insupportable du mois de juin ; les fleurs s’ouvrent en cette saison, rendant magique la promenade dans les jardins.

Comment y venir ?

Il n’existe pas de vol direct pour Chiraz au départ des grandes villes d’Europe . Les visiteurs étrangers sont tenus de prendre un vol pour Téhéran, et, de là, changer d’appareil pour gagner l’aéroport international de Chiraz.

La destination se trouve à une heure et demie de vol d’oiseau de la capitale iranienne. Une fois arrivé à l'aéroport Shahid Dastghaib – autre dénomination de l’aéroport de Chiraz – vous aurez la possibilité de rejoindre le centre-ville en taxi ou en navette privée. Dans la première option, le chauffeur vous déposera à votre hôtel pour un prix de 1,5 à 2,2 €. Quant au trajet en navette, il est pris en charge par l’hôtel de réservation lui-même.

Vous aimerez…

- déambuler dans le bazar historique de Vakil ;

- rapporter des épices, des objets en cuivre ou des tapis persans, le produit phare de l’artisanat local ;

- se rendre sur le cercueil de Saadi ;

- assister à l’illumination nocturne de la tombe de Hafez ;

- visiter la mosquée rose, l’un des symboles notables de la ville ;

- capturer en photo la citadelle royale de Karim Khan ;

- coller un instantané du jardin d’Eram dans votre carnet de voyage ;

- tester les saveurs authentiques du terroir.

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