L’Amazonie bolivienne n’est pas une simple destination. C’est un territoire vivant, fragile, habité par des peuples et une biodiversité parmi les plus riches au monde. À l’occasion de son expédition menée dans le cadre du New Explorer Challenge, Fred Lizée, chasseur d’aventures immersives, nous partage son expérience de terrain et ses conseils pour découvrir l’Amazonie de manière responsable, avec humilité, conscience et respect du vivant.
Avant de plonger au cœur de l’Amazonie bolivienne, découvrons le parcours de celui qui guide cette exploration. Derrière le titre de chasseur d’aventures immersives, Fred incarne une autre manière de penser le voyage : plus humaine, plus engagée, plus connectée aux territoires.
“Je m’appelle Fred, je travaille dans le tourisme international et les voyages d’aventure depuis 18 ans. J’ai vécu plus de cinq ans en Asie et j’ai exploré 87 destinations dans le monde. Depuis cinq ans, je suis consultant indépendant et je travaille principalement avec des agences locales réceptives dans une quinzaine de pays. En parallèle, j’ai cofondé le collectif, pionnier d'indépendants, freelances du tourisme : Away We Go. Depuis 2023, je pars aussi avec un vidéaste pour créer des films documentaires de voyages.”
Qu’est-ce qui t’a amené à devenir “chasseur d’aventures immersives” ?
“En réalité, j’ai eu une révélation pour le voyage d’aventure et immersif en 2008, quand j’ai parcouru le Laos du nord au sud pendant deux mois. Depuis j’ai développé cette passion pour le sourcing d’expériences locales à travers le monde. J’ai commencé aussi à partager toutes ces aventures sur les réseaux sociaux.”
Comment définirais-tu ton rôle aujourd’hui : explorateur, accompagnateur, médiateur… ou un peu tout à la fois ?
“Aujourd’hui, je suis surtout un passionné du tourisme et des voyages, de mon métier en général. J’ai toujours eu l’exploration en moi, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est transmettre cette passion du voyage. Donc depuis cinq ans, j’ai aussi pris le rôle de mentor pour la nouvelle génération du tourisme avec le New Explorer Challenge. Chaque année, j’accompagne des étudiants sur le terrain pour mettre en place des projets de voyage à impact positif.”
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Qu’est-ce que le New Explorer Challenge ? “Le New Explorer Challenge, c’est le concours international pour la nouvelle génération d’explorateurs et créateurs d’aventure immersive. C’est un concept que j’ai créé il y a 5 ans et qui vise à challenger des dizaines d’écoles de tourisme et plus de 1000 jeunes dans les écoles et universités. Chaque année, le NEC est entouré de partenaires sponsors qui offrent des bourses de voyage aux étudiants lauréats. Cela me donne l’opportunité d’emmener les équipes pour explorer les destinations et tester leur projet immersif sur le terrain.” Plus d’infos sur newexplorerchallenge.com |
À travers le New Explorer Challenge, Fred et les étudiants de l’équipe lauréate, accompagnés par le tour-opérateur sponsor du concours, sont partis explorer l’un des territoires les plus sauvages et les plus fragiles de la planète : l’Amazonie bolivienne.
Qu’espériez-vous, toi et les étudiants, comprendre ou révéler de l’Amazonie bolivienne avant de vous y rendre ?
“L’objectif à travers ce voyage de découverte, c’était de rencontrer des communautés reculées, de comprendre leurs problématiques locales et environnementales. Le problème majeur qu’on a rencontré sur place, c’était l’orpaillage, et on a rencontré plusieurs familles qui ont décidé de changer d’activité pour monter des projets de tourisme communautaire.”
En quoi l’Amazonie résonne-t-elle particulièrement avec tes valeurs ?
“L’Amazonie, ce sont les grands espaces, c’est une forêt dense avec une biodiversité exceptionnelle. On se retrouve seul au milieu de la nature, totalement déconnecté du reste du monde. Surtout, on traverse la plus grande forêt du monde, le poumon du monde de la planète comme on dit, avec des mobilités douces, comme la marche ou bien la pirogue.”
Entrer dans la forêt amazonienne, ce n’est pas seulement observer une biodiversité exceptionnelle. C’est ressentir, physiquement et émotionnellement, la puissance d’un écosystème vivant, imprévisible et profondément enveloppant.
« C’est un autre monde, un univers sauvage totalement imprévisible où on se sent tout petit face à la nature. »
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans la biodiversité de l’Amazonie bolivienne ?
“Je dirais surtout les nuits en bivouac au milieu de la forêt avec les bruits des animaux. C’est ce qui m’a le plus marqué : les bruits d’animaux sauvages la nuit (sans compter les serpents qui passaient sous nos tentes), c’est assez perturbant, mais unique comme sensation.
Et ce que j’ai adoré aussi, c'était marcher sur les traces du jaguar. Notre guide ranger nous a emmenés en forêt et nous avons aperçu plusieurs traces assez fraîches de jaguar, au bord d’une rivière. Cela voulait dire qu’il était passé par là pendant la nuit…”
Y a-t-il une espèce animale ou végétale qui a particulièrement retenu ton attention ? Pourquoi ?
“Je me souviens d’un moment assez unique : lorsqu’on s’est arrêté à un observatoire pour observer ce qui nous entourait et que j’ai aperçu un petit colibri, c’était vraiment un moment assez marquant.
Je me suis rendu compte que lorsqu’on s’arrête, que l’on prend le temps d’observerce qui nous entoure, on peut ressentir des émotions différentes, comme l’émerveillement, la surprise, ou l’apaisement et cela est particulièrement possible en immersion au cœur de la nature, surtout dans cette Amazonie si riche et si fragile.”
Peux-tu décrire un moment où la forêt t’a littéralement « absorbée » et où tu t’es senti complètement connecté à cet écosystème ?
“Je dirais un moment où on s’est baigné dans la rivière avec Sergio, notre guide et ami local ;le moment était suspendu et il nous a raconté un peu toutes les problématiques que sa communauté rencontre.
Nous étions posés sur un tronc d’arbre au bord de l’eau et nous avons bu ses paroles. Il était ému en racontant les histoires de sa famille qui se bat pour préserver leur environnement. C’est une question de survie et de traditions de génération en génération. Nous avons vraiment pris conscience de la fragilité de cet écosystème à ce moment-là.”
Impossible de comprendre l’Amazonie sans ceux qui y vivent depuis des générations. Les guides indigènes offrent une lecture sensible et experte de la forêt, où chaque plante, chaque rivière et chaque silence a une signification.
Ton expédition s’est faite en collaboration avec des guides indigènes. En quoi leur rôle a-t-il été déterminant dans ton expérience ?
“En effet, tout au long du voyage, on a été accompagnés par des guides locaux et des représentants des communautés locales qui nous ont fait comprendre leurs problématiques, leur culture ancestrale. Ce sont les véritables connaisseurs de l’Amazonie.
Mais le plus marquant, c’est d’avoir rencontré ces anciennes familles d’orpailleurs qui ont décidé de tout changer pour désormais protéger leur environnement.”
Tu as passé plusieurs jours au sein de la communauté indigène Uchupiamonas. Comment s’est déroulée cette immersion ? Quels sont les moments qui t’ont marqué ?
“Après plusieurs jours de descente de la rivière, nous avons fait un trek de trois jours au cœur de la forêt et enfin sur la dernière partie du voyage, nous étions en immersion dans le village de notre guide local, Sergio pendant quatre jours. Nous avons été accueillis chez son père et nous avons fait la rencontre de ses amis. Tous les jours, nous allions nous baigner à la rivière et nous laver au niveau d’un puits. On avait aussi un rituel tous les matins : nourrir les poules tous ensemble.”
“Ce qui m’a touché au sein de cette communauté, c’est qu’ils sont vraiment coupés du monde au cœur de l’Amazonie, et que malheureusement, ils souffrent de tous les impacts et de la pollution de l’orpaillage.”
Que t’ont-ils transmis sur la manière de lire, comprendre et respecter la forêt ?
“Par exemple, Sergio nous a fait visiter les environs de son village au cœur de la forêt amazonienne en nous expliquant comment ils arrivent à survivre depuis qu’ils sont tout petits.
Au cœur de la forêt, ils sont capables de repérer les plantes médicinales, qu’ils utilisent de génération en génération pour se soigner et se nourrir.
Mais la réalité est plus complexe : ils font face à une problématique majeure liée à l’eau, causée par le réchauffement climatique, les périodes de sécheresse et la pollution liée à l’orpaillage. Donc ils s’entraident ; les communautés locales font attention à leur consommation d’eau et s’unissent pour y faire face.”
Derrière l’image d’une nature luxuriante, l’Amazonie bolivienne fait face à de profondes menaces. Changement climatique, orpaillage illégal et pollution des rivières sont des réalités visibles, vécues au quotidien par les communautés locales.
As-tu pu constater des signes visibles du changement climatique, de la déforestation ou de la pression humaine dans la région ?
“Oui, nous avons passé plusieurs jours avec le ranger Marcos, l’homme tigre qui nous a expliqué les mesures de protection du parc national de Madidi. Il nous a montré sur son téléphone le nombre d’incendies qu’il y avait tout autour de l’Amazonie, du Brésil jusqu’en Bolivie. Une partie de ces incendies est liée au réchauffement climatique, mais la majorité résulte en grande partie de l’activité humaine. Aussi, en termes de biodiversité, il y a beaucoup d’espèces qui sont menacées, notamment le jaguar.”
Qu’est-ce qui t’a le plus interpellé ou inquiété ?
“Ce qui m’a le plus inquiété, c’est la pollution des rivières au mercure, à cause de l’orpaillage. Ce qui a un impact très négatif sur l’environnement et sur la santé des communautés locales.”
Comment les habitants parlent-ils eux-mêmes de ces menaces : avec inquiétude, résilience, fatalisme, combativité ?
“Ils en parlent avec beaucoup d’inquiétude, car au fil des années, ils ont vu la détérioration de la qualité de l’eau. D’autant plus qu’avec le réchauffement climatique, les périodes de sécheresse sont de plus en plus longues.”
As-tu observé des initiatives locales de protection ou de conservation ? Si oui, lesquelles ?
“Avec Marcos, on a visité les différentes stations des rangers du parc national de Madidi, qui sont là pour surveiller les activités illégales, d’orpaillage et de braconnage et pour protéger le parc, sa biodiversité et ses habitants.
On voit aussi des initiatives mises en place pour harmoniser les relations entre les communautés, et mieux les préparer à l’accueil des quelques touristes qui explorent la zone. Dans certains écolodges tenus par des locaux par exemple, on retrouve des petits manuels et des tableaux qui récapitulent les bons gestes à adopter en forêt pour mieux comprendre et appréhender les traditions et coutumes locales.”
Voyager en Amazonie pose une question essentielle : comment découvrir un territoire sans contribuer à sa dégradation ? Pour Fred, le tourisme peut devenir un véritable levier de protection, à condition de repenser profondément ses modèles.
Quelles sont les conditions pour qu’un séjour en Amazonie soit vraiment responsable et bénéfique pour le territoire ?
“Avant tout, c’est de voyager avec un guide local qui maîtrise le territoire et qui est le mieux placé pour connaître les comportements à adopter au sein d’un tel environnement sauvage.
De manière générale, le tourisme communautaire est une vraie forme de tourisme à impact positif qui permet d’inclure les communautés locales dans la gestion des projets, mais surtout de protéger l’environnement local.
Ainsi, un séjour en Amazonie doit être, selon moi, réalisé en codéveloppement avec les indigènes, car ce sont ces communautés qui connaissent le territoire, ses dangers et les meilleures manières de l’explorer et de le préserver. Les voyageurs peuvent soutenir les populations en participant à leurs activités immersives, et en choisissant des séjours chez l’habitant.”
As-tu vu sur place des exemples concrets où le tourisme a eu un impact positif sur l’environnement et/ou la communauté ?
“Oui, certains membres de la communauté ont déjà développé des petits logements et des projets d’activité touristique portés par les locaux. Ces familles détruisaient auparavant l’environnement à cause de l’orpaillage et désormais protègent la nature. Au sein de l’équipe qui nous a accompagné, on a fait la rencontre de Daniel qui était l’un des braconniers et aujourd’hui, il est guide local.”
Quels sont les indispensables pour voyager en Amazonie de manière responsable ?
“Il faut des vêtements légers, mais bien couvrant à cause des moustiques et des sangsues. Il faut rester vigilant et surtout à l’écoute de la forêt, car il s’agit d’un environnement profondément sauvage.”
Comment préparer son voyage en Amazonie bolivienne pour être un invité respectueux ?
“Il est important de choisir une bonne agence locale dont les valeurs sont la protection de l’environnement et le respect des communautés locales. Ensuite, une fois qu’on est en immersion sur le territoire amazonien au nord de la Bolivie, il est crucial de privilégier les mobilités douces afin de limiter son impact écologique.
D’un point de vue culturel, les voyageurs doivent faire preuve d’empathie et être à l’écoute des communautés.
Passer du temps en immersion et comprendre leur problématique permet aussi de les soutenir dans leur combat pour la protection de l’environnement.”
Certains voyages ne laissent pas indemnes. L’Amazonie bolivienne transforme le regard,
bouscule les certitudes et rappelle l’essentiel : notre place, humble, au sein du vivant.
Ce voyage t’a-t-il transformé personnellement ? Dans quelles mesures ?
“Oui, ce voyage a été transformationnel de par les rencontres avec les communautés et la compréhension de leur problématique, et surtout de voir la façon dont ils ont réussi à s’adapter pour protéger la nature qui les entoure.
Mais ce type de voyage, réalisé dans le cadre du New Explorer Challenge, a aussi permis de visiter un territoire isolé et de découvrir la réalité locale, à travers les yeux de la nouvelle génération du tourisme. Pour ces jeunes, c’est le voyage d’une vie et c’est un honneur pour moi de les accompagner.”
Qu’as-tu découvert sur toi-même au contact de la forêt et des communautés ?
“Ce voyage apporte une immense dose d’humilité. On réalise que nos conditions de vie sont parfaites alors que dans ces villages reculés, il manque beaucoup de choses. Malgré tout, les populations restent profondément joyeuses et bienveillantes les unes envers les autres.”
Que dirais-tu à quelqu’un qui pense que : “l’Amazonie, ce n’est qu’une forêt” ?
“L’Amazonie, c’est un monde à part, ce sont des peuples indigènes passionnés par leur territoire et qui se battent depuis leur enfance pour survivre dans un environnement qui est de plus en plus exploité. C’est aussi une biodiversité unique au monde et notamment dans le parc national de Madidi, l’un des plus riches de la planète. Ce sont aussi des rencontres inoubliables qui nous marquent à vie…”
Propos recueillis par Fred Lizée. Les photos lui appartiennent et ne sont pas libres de droit.
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Découvrir l’Amazonie bolivienne avec notre agence locale
Au fil de son immersion auprès des communautés indigènes et des guides locaux, Fred Lizée a vécu l’Amazonie bolivienne de l’intérieur. Son expérience nous rappelle que voyager en Amazonie, ce n’est pas seulement changer de décor, c’est accepter de changer de posture : ne plus être un simple visiteur, mais devenir un invité.
En fin de compte, le récit de ce chasseur d’aventures immersives nous révèle une évidence trop souvent oubliée : ici, l’homme n’est pas au centre, il fait partie d’un tout.
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Notre agence locale, partenaire du collectif Nomadays, conçoit des circuits immersifs pour voyager en Bolivie de manière responsable. Nos équipes travaillent main dans la main avec des guides locaux et des communautés indigènes pour proposer des circuits en Amazonie bolivienne respectueux des territoires et de ceux qui y vivent.
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