Irù wèrè : Quand Dassa-Zoumé restaure le toit du monde sacré - Nomadays

Bénin

Irù wèrè : Quand Dassa-Zoumé restaure le toit du monde sacré

30 janv. 2026

Au cœur du Bénin, là où les formations granitiques défient le ciel, la cité de Dassa-Zoumé s'apprête à vibrer au rythme d'une tradition séculaire. Iru Wéré , véritable pilier de l'identité Idaasha, ne se contente pas d'être une simple festivité ; elle est le lien indéfectible qui unit le passé au présent, le sacré au social. Cette célébration puise sa force dans l'histoire de l'ethnie Omondjagou , la plus importante et prestigieuse du royaume. Originaires d'Egba  au Nigéria, les Omondjagou ont apporté avec eux une culture guerrière et une spiritualité profonde qui irrigue encore chaque pierre de la cité.  Instituée à l'origine par le roi Ogoudou dans l'ancien royaume d'Igbo Idaasha , cette cérémonie annuelle s'impose aujourd'hui comme l'événement le plus emblématique de la région. Sur le plan culturel, l'Iru Wéré est une immersion dans la métaphysique Idaasha. Le caractère sacré de l'événement est régi par un calendrier astral rigoureux . Chaque année, c'est au mois de mars que la magie opère. La date précise n'est jamais le fruit du hasard ; elle est identifiée par les hauts dignitaires du royaume qui scrutent l'apparition de la lune et s'appuient sur des critères purement spirituels pour donner le signal des festivités. Pour l'édition de cette année, le rendez-vous est pris pour les 27 et 28 mars , deux jours durant lesquels le temps semble suspendre son vol.  L'essence même de l'Iru Wéré réside dans un acte de piété filiale singulier et une spiritualité de la lignée. Cette cérémonie est exclusivement réservée aux orphelins de père, princes et princesses du royaume, appelés à honorer la mémoire de leur géniteur défunt. Le rite consiste à s'enfoncer dans la forêt sacrée pour en extraire des pailles spécifiques. Ces éléments naturels servent ensuite à reconstruire symboliquement le toit de la case paternelle . Par ce geste, l'orphelin ne se contente pas de restaurer un édifice, il répare le lien invisible avec ses ancêtres et réaffirme sa place dans la lignée royale des Omondjagou.

Sur le plan culturel, l'effervescence qui s'empare de Dassa-Zoumé est totale. Ce rendez-vous majeur transforme la ville carrefour en un pôle d'attraction sans égal. On estime que la participation dépasse désormais les 50 000 personnes , y compris la diaspora et les touristes. Le taux d'occupation de la ville frôle les 100% , les hôtels et résidences affichés complets des semaines à l'avance. Les artères principales sont prises d'assaut par une foule immense, créant un melting-pot unique. C'est un moment de rétrouvailles où la noblesse affiche sa splendeur à travers des parures choisies à dessein. Les couleurs et les motifs des pagnes doivent impérativement respecter la tradition, témoignant de la richesse du patrimoine textile.  Devant l’ampleur de l’événement, les autorités administratives se mobilisent pour garantir une sécurité au point. Mais au-delà du rituel , Iru Wéré est un moteur de croissance. En attirant cette masse de visiteurs, la manifestation booste directement la restauration, l'hôtellerie, le transport et même le secteur. Valoriser l'Iru Wéré, c'est offrir à la cité des 41 collines les moyens de son essor.   À travers ce rite, Dassa-Zoumé prouve que la spiritualité des ancêtres venus d'Egba est le moteur d'un tourisme durable, capable de transformer la région en un pôle incontournable de l'Afrique de l'Ouest. 

Akotchaye Isaac ABISSI