L’Île d’Agonvè : Un Joyau Oublié - Nomadays

Bénin

L’Île d’Agonvè : Un Joyau Oublié

28 janv. 2026

Nichée au cœur de la commune de Zagnanado, à environ 180 km de Cotonou, l'île d'Agonvè ne se contente pas d'être une simple étendue de terre entourée par les eaux du lac Azili. C'est un sanctuaire où le temps semble s'être suspendu. Agonvè représente l'un des exemples les plus achevés de symbiose entre culture locale, spiritualité et gestion écologique au Bénin.

Avec une population d'environ 3200 habitants, l'île attire l'attention pour ses pratiques innovantes de conservation. Pour le visiteur qui s'y aventure, l'expérience est d'abord sensorielle. Le bruissement des feuilles des forêts sacrées se mêle au clapotis rythmé des pages. Ici, la biodiversité n'est pas un concept abstrait, mais une réalité quotidienne protégée par des siècles de traditions. Les pratiques de conservation, héritées des ancêtres, ont permis de préserver un écosystème que l'urbanisation sauvage a détruit ailleurs. Agonvè est une preuve vivante que la spiritualité peut être le plus efficace des garde-fous contre la dégradation environnementale.

 Un Paradis pour la Biodiversité, la Pêche et l'Ornithologie 

   

Agonvè est, sans nul doute, l'un des sites les plus magnifiques du Sud-Bénin pour les amoureux de la nature sauvage. Trois piliers font de cette île une destination d'exception :

L'Ornithologie : L'île est un refuge stratégique pour les oiseaux migrateurs et sédentaires. Les observateurs peuvent y admirer plus de 118 espèces d'oiseaux recensées. C'est un laboratoire à ciel ouvert pour les scientifiques et un spectacle permanent pour les photographes.

La Pêche Artisanale : Véritable moteur de l'économie locale, la pêche à Agonvè suit des méthodes ancestrales respectueuses des cycles de reproduction. La richesse halieutique des eaux environnantes est exceptionnelle, offrant aux visiteurs une immersion dans un savoir-faire millénaire. La gestion y est stricte, incluant une fermeture annuelle de la pêche et l'interdiction des filets à mailles fines.

Une Biodiversité Unique : Entre zones humides et forêts denses, l'île abrite une flore médicinale et une faune diversifiée, incluant des espèces remarquables comme les sitatungas, phacochères, singes et crocodiles. C'est un bastion de résistance écologique qui maintient l'équilibre du delta.

Pourtant, malgré ces atouts, ce « joyau » reste largement méconnu du grand public et des circuits touristiques internationaux.

L'Urgence de l'Action : Assainissement et Valorisation

Malgré sa beauté, Agonvè fait face à des défis majeurs. Pour que ce sanctuaire ne disparaisse pas, un cri d’alarme doit être lancé. L'assainissement des berges est aujourd'hui une priorité absolue. L'accumulation de déchets flottants et la pression anthropique (déforestation, pollution) menacent la pureté des eaux et la santé des écosystèmes.

Valoriser Agonvè, ce n'est pas seulement en faire un site touristique ; c'est restaurer sa dignité écologique. Il est impératif de mettre en place des systèmes de gestion des déchets adaptés au milieu lacustre et de sensibiliser les populations ainsi que les visiteurs à la fragilité de cet équilibre. Un environnement propre est le préalable indispensable à tout développement durable.

Pour une Politique de Développement et de Promotion Touristique

Il est temps que l'État béninois, les acteurs du secteur privé et les organismes de sauvegarde du patrimoine se tournent vers l'île d'Agonvè. Le potentiel pour un écotourisme haut de gamme et responsable est immense.

Nous appelons à une politique de développement ambitieuse qui inclurait :

Le désenclavement respectueux de la zone pour faciliter l'accès (l'île est située à environ 45 km d'Abomey) sans dénaturer le paysage.

La création d'infrastructures d'accueil légères (écolodges) intégrées à la nature.

Une promotion touristique ciblée, mettant en avant le caractère unique de "l'île spirituelle" du Bénin.

En investissant dans la promotion d'Agonvè, le Bénin ne valorise pas seulement un site géographique, il célèbre une identité. Agonvè mérite de devenir une vitrine mondiale de la gestion écologique communautaire.

Isaac Akotchaye ABISSI